L'aigle allemande, l'empire d'Allemagne
CELIDAMANT
[écrite à Paris la première semaine d'octobre 1645] -
Il luy parle avec crainte des mauvaises nouvelles qu'il a apprises de sa blessure, & l'entretient de plusieurs choses agréables, sur l'advis qu'il a eu, par un Courrier, qu'il ne sera point estropié.
On m'avoit dit qu'assez-pres de ton Maistre, Celidamant, vingt livres de salpestre T'avoient du corps fait sauter un quartier. Mais, grâce au Ciel, on t'a veu tout entier,
i. Qui désigne ce pseudonyme ? un Normand (v. 26), qui vient d'être très gravement blessé au genou à la bataille de Nordlingen (titre, v. 6 et 164), et qui, dans ses séjours à Jparis, restejkns la même maison que César de Costentin, seigneur de Tourville, premier gentilhomme de la chambre du duc d'Enghien (v. 145- 145). Or ce sr de Tourville a précisément été blessé à la bataille de Xordlingen (Ga-etfes : 1645, p. 769). On pourrait donc croire que c'est lui « Celidamant ». Mais ce dernier est un homme assez jeune, encore vers le début de sa carrière militaire (v. 27-32), tandis que le s' de Tourville est déjà d'un certain âge : il mourra dans dix-huit mois, laissant six enfants dont une fille de 15 ans (Cab. des titres : Dossiers Meus 213 : 5463, f° 2 v ).
Il me parait évident qu'il s'agit ici de Charles de Saint-Denis (1616-1713), seigneur de Saint-Ks rémoud, qui plus tard se rendra si
IjS EPISTRE
Non sans miracle, & la mort te distingue [i 30] D'avecques ceux qu'elle a pris à Norlingue >. Ce coup de foudre, à ce qu'on dit, est tel Qu'a tout autre homme il eust esté mortel ; On n'a jamais parlé d'un coup si rude ; Encor dit-on, avec incertitude, Que, si tu peux te sauver du trespas, L'estropiment ne te manquera pas.
Quoy qu'en ton corps mutilé je te voye, J'embrasseray certes avecque joye Ce que de toy le Ciel m'aura rendu, Car tout entier je te croyois perdu ;
célèbre comme écrivain et philosophe. On sait en effet que Saint-Evrémond est Normand, qu'il a servi à l'armée depuis l'âge de 16 ans, qu'il fut choisi par le duc d'Enghien, en 1642, pour être lieutenant de ses gardes, et qu'après avoir pris part, en cette qualité, à la campagne de Rocroy (1643) et * ceUe deFribourg (1644) ^ ^ut gravement blessé au genou à cette bataille de Xordlingen dont il est question dans cette épître : <t Ayant eu ordre de se mettre à la tête d'un Escadron & de se porter au-dessous d'une petite Hauteur qui étoit occupée par les Ennemis, il y essuya pendant trois heures tout le feu de leur Mousqueterie & d'une Batterie de quatre pièces de Campagne, de sorte qu'il y perdit presque tout son Monde & fut blessé lui même au genou gauche d'un coup de Fauconneau (a). Sa Blessure fut trouvée si dangereuse quependant près de six Semaines on ne croyoit pas qu'il en pût guérir ». C'est tout à fait le cas de « Célidamant ». L'habileté des chirurgiens sauvera Saint-Evrémond, mais il demeurera longtemps sans pouvoir marcher (des Maizeaux, La vie de Mre Charles de Saint-Denis, sieur dr S^-Evrcmond : p. 9 à 24). Saint-Evrémond est âgé de 29 ans.
Je n'ai pu vérifier s'il demeure dans la même maison que les de Costentin, c'est-à-dire sur le quai Malaquais (100e volume des insinuations du chastclet de Paris : f° 58) ; mais il n'y a rien d'étonnant à cela. : Bois-Robert habite bien, lui et ses gens, dans une partie de l'hôtel qu'il a vendu au marquis de Villarceaux (Tallemant : II, 413).
Pour le nombre de syllabes, Saint-Evremond se substitue parfaitement à Célidamant.
2. Le lieu est indiqué par les vers 68 et ior. Pour la date, voy. la note suivante et p. 180, n. 1.
3. La bataille de Nordlingen eut lieu le 3 août 1645. La nouvelle en fut connue à Paris le 16 août (Galettes : 1645, p. 754). La présente énître est donc postérieure à cette dernière date.
(a) Petit canon.
A CELIDAMANT. 179
J'en ay maudit & la guerre & les armes,
On m'en a veu pleurer à chaudes larmes,
Et tous les preux qui sont là demeurez
N'ont pas esté de moytié tant pleurez.
Toute la Cour, triste & melancholique,
Croyoit ta perte une perte publicque ;
On regretoit unamy généreux,
Un esprit noble en un corps vigoureux,
Qui meritoit l'estime de son Prince
Et qui faisoit honneur à ma Province ;
Chacun disoit qu'on n'avoit jamais veu
De tels talens un tel âge pourveu ;
L'un exaltoit ta rare suffisance,
L'autre asseuroit, en louant ta vaillance,
Que, tout au plus dans le einquiesme esté, [131]
Par les degrez • tu serois hault monté ;
Enfin chacun en dit sa rattelée,
Et ces causeurs parloient à la volée.
Mais, après tout, ez-tu bien garanti ?
Pars-tu du Camp ? ne m'a-t'on point menti ?
Non, le Bocquet 2 m'en a dit la nouvelle ;
On le doit croire, il est homme fidelle ;