L'ABBÉ DE BOIS-ROBERT
SUR SES EPISTRES
Voyci la Muse à qui tout cède En l'Art de bien faire la Cour, Et Bois-Robert qui la possède mettre ses charmes au jour.
La Cour brille icy toute nue 3 ; Ce beau Livre en est le miroir, Et ceux qui ne Vont jamais veue La verront mesme sans la voir.
Voyci l'agréable rencontre Qui surprend & qui resjouit :
. Or c'est précisément au début de la présente année 1646 que •les copies manuscrites de la Requeste des dictionnaires ont commencé à circuler dans Paris. (Voy. Lettres de Balzac à Chapelain, la pluspart mn imprimées : lettres des 12 et 19 mars 1646). Cependant Bois-Robert, après avoir soulevé l'académie contre Ménage, a fait la paix avec lui, sur l'assurance que celui-ci lui a donnée que la satire a été rendue publique malgré lui (Tallemant : V, 219). Cette qtferelle n'est certainement apaisée que depuis très peu de temps lorsque paraissent les ■Epistres de Bois-Robert avec, signe de réconciliation, les deux vers latins ci-dessus de Ménage parmi les pièces liminaires.
Ces deux vers seront recueillis par leur auteur dans les Miscellanea qu'il publiera en 1652 (p. 74), mais avec une légère variante au second vers :
Parcere vult scriptis dum, Venusine, tuis. Enfin, a partir de la }• édition de ses Poemata (1658) jusqu'à la der-
Des lors que Bois-robert se monstre, La tristesse s'esvanouit 4.
Avec cette grâce nalfvc Qui le fait par tout estimer, Soit qu'il parle, soit qu'il cscrive, Il charme ceux qu'il veut charmer.
Cest sa bonté, qui tout surpasse, Oui fut chère au grand Richelieu,
17 : Le texte (aussi bien ici que dans les Epistres de 16 j 9 qui reproduisent ces stances) porte C'est la bonté. Je me permets de corriger cette faute d'impression, qui s'explique par la ressemblance de 11 et de /'s long.
nière (8° : 1687), ce second vers prendra définitivement la forme suivante :
Office ret famx ne, Venusine, tux.
Traduction française : Le Métel écrivit ses épitres dans sa langue maternelle parce qu'il veut épargner ta renommée, poète de Fénouse, ou (ire variante) : parce qu'il veut épargner tes écrits, poète de Fénouse, ou (2* variante) : pour ne pas nuire à ta renommée, poète de Vénouse.
2. On a prétendu que cette initiale désignait Scarron. Ces quatre vers sont de Sarasin : c'est Bois-Robert lui-même qui nous l'apprend, dans YAdvis qui précède ses Epistres de 1659.
Jean-François Sarasin (1604- 16 54), âgé de 42 ans, vit alors depuis quelques mois (1645) chez le duc d'Enghien (le futur grand Condé) : ce fait est établi par le début d'une églogue de Ménage (iEgidii Menagii Miscellauea : p. 96, Ménalque, Lycidas, Damon). Il est en même temps « comme le courtisan du Coadjuteur » (le futur cardinal de Retz) (Tallemant : V, 293), qu'il accompagnera l'année suivante (juin 1647) aux eaux de Bourbon.
Les quatre vers ci-dessus ne seront recueillis ni dans Les Œuvres de Monsieur Sarasin, ni dans les Nouvelles Œuvres de Monsieur Saraxin.
3. Cf. un passage de l'épître dédicatoire de Bois-Robert (lignes 18-19, p. 18), et quelques mots de la Préface de Mascaron (ligne 24, p. 30).
4. « Il est de la plus belle humeur du monde, il joue, il chante, il est de toute partie... » ([Abbé de Pure], La Pretieuse, p. 367). — <: On ne sçauroit faire plus plaisamment un conte qu'il le fait.... » (Tallemant, II, 395). — Voy. aussi, dans les Epistres de Bois-Robert de 1659 : Livre IV\ Ep. 11, v. 91 et suiv..
Et qui trouve la mesme grâce Devant un autre demy-dieu.
Sa faveur, bien loin d'estre vaine, Fut le recours des affligez, Et la Cour est encore pleine De ceux qui luy sont oblige^ l.
Safoy, qui n'a point de seconde, Tenoit ce qu'elle avoit promis, Et, selon le destin du Monde, Fit bien plus d'ingrats que d'atnys
I. « Il a rendu tant d'offices à tous ses amis, que je puis dire que luy seul pouvoit se vanter de faire plus de créatures à son maistre que tout le reste de sa maison ensemble. Il a tousjours cet esprit officieux & cette qualité de bon amy. » ([Abbé de Pure], La Pretieuse, p. 367). — « Boisrobert, bien estably chez le cardinal de Richelieu, se mit, car il est officieux, à servir tous ceux qu'il pouvoit. » (Tallemant : II, 389). — « Jamais homme qui fust en faveur n'eut l'humeur si bien faisante... » ([Pellisson], Relation..., p. 416). — Les textes qui constatent l'inépuisable bienfaisance de Bois-Robert sont tellement nombreux que je ne puis songer non seulement à les reproduire ici, mais simplement à en donner une liste complète. C'est dans les Lettres de Mr Chapelain qu'on trouve le plus grand nombre de documents à ce sujet (fréquentes allusions à des services rendus par Bois-Robert, nombreuses requêtes de Chapelain à celui-ci en faveur de multiples solliciteurs). Voy. aussi : Les Œuvres de Monsieur de Balxjic (lettres xxxvu et xlv), Volume IL des Lettres de Monsieur de Peiresc (1. du 18 avril 1633), Lettres de Gombauld (p. 243 : lettre très importante), Les Lettres du Président Maynard (p. 100), Lettres de Monsieur Costar, 16 > 8 (p. 841 : lettre très importante).
Gombauld lui-même lui doit le rétablissement de sa pension. Yoy. : Tallemant (III, 242), Lettres de Monsieur ^Chapelain (1. du 26 oct. 1633), Lettres de Gombauld (p. 243).
A plusieurs reprises, Bois-Robert fera allusion à son ancien rôle de Mécène. Voy.: Epistres de 1646 : Ep. m, v. 1-4 et $1-56; Epislres de 1659: Advis ; Livre Ier, Ep. xn, v. 69-75 .
2. L'ingratitude de Balzac, entres autres, est vraiment cynique. Voici comment, huit mois plus tôt, il s'est exprimé sur celui qui lui rendit de si nombreux services à la cour : « ... le menu peuple du Parnasse et la quanaille du Pinde, ceux qui sont au dessous des Colletets et des Boisroberts... » Lettres de Balzac à Chapelain, la pl.n. i. : lettre du 27 nov. 1645) ; puis, lorsque les Epistres de 1646 viendront
Je me tays du siècle ou nous sommes y Mais je sçay bien qu'aux siècles vieux Le plus officieux des hommes Auroii eu place au rang des dieux.
de Gombaut
de paraître : « il faut que je me sois très mal expliqué sur le sujet du nouveau livre de l'Abbé Cjomique]. Je le trouve absolument mauvais, et si mauvais, que je penserois luy faire faveur & mentir de la moitié si je disois :
Sunt mala sunt quaxlam mediocria, sunt bona nulla. O frigidissimum et insulsissimum scurram ! o togatum mancipium 1 o natum ad servitutem pecus ! En effet, comme son Esprit est d'un Poète vulgaire de la vieille Cour, son ame est d'un Esclave confirmé de cette cy... » (Id., lettre du 24 sept. 1646).
Cette bilieuse invective de Balzac contre son bienfaiteur est, sinon excusée, du moins expliquée par le fait que, dans sa première épître (v. 129-132), Bois-Robert ne le compte pas au nombre des « grands esprits », et, circonstance aggravante, range parmi ceux-ci François Guyet, l'ennemi de Balzac (sur cette dernière inimitié, voy. Ch. Drouhet, Les originaux du « Barbon .»).
Sur l'ingratitude des amis de Bois-Robeit, voy. aussi : Epistres de 1646 : Ep. m, v. 43-48 ; Epistres de 1659 : Livre I«r, Ep. 1 ; Livre IV, Ep. xi, v. 25-42.
1. Jean-Oger Gombauld (a) (1590 ?-i666) est alors gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (Voy. Lettres de Gombauld : Privilège du Roy). Il a environ 56 ans. Son dénuement est extrême (Tallemant : 111,250); pour se procurer quelque argent, il est en train de préparer l'édition de ses Poésies et de ses Lettres, qui paraîtront quelques mois plus tard.
Les belles stances ci-dessus ne seront pas recueillies par l'auteur dans son volume de Poésies.
(o) Et non pas de Gombauld.