A MONSIEUR L'ABBÉ DE CHANVALON. II
Et croy qu'il n'est point de langage Qui vaille un si grand tesmoignage.
Enfin, dés ce moment heureux, Ce Prélat bon & généreux T'apella, pour te mieux connestre, [74]
Et te voulut servir de Maistre.
Nous pouvons dire qu'aujourd'huy Tu t'es achevé prez de luy, Et qu'admirant en sa Personne Des traicts qu'ignore la Sorbonne, Tu pourrois à ses nourriçons Faire de plus doctes leçons.
65 Gaillon x maintenant te possède ;
Ce beau Palais à qui tout cède, Ce Paradis délicieux Remplit ton cœur comme tes yeux ;
que. •> (Arch. des aff. étrang. : Mémoires et docum. : France 851, f°5 37 et 38). Trois mois après, le 8 mai 1645, « la Congrégation ordonnée par sa Majesté pour les Affaires eclesiastiques » émit l'avis « que la Reync peut admette la Résignation que Mr l'Archevesque de Rouen a faite de l'Abbaye de Jumieges au dioceze de Rouen, au proffit de Mess* François de Harlay, son Neveu, Bachelier en Théologie, led'sr Archevesque se reservant neantmoins, sa vie durant, une pension qui ira jusqu'à 1.1 moitié des fruits de lad' Abbaye et non davantage. » (id., f° 52).
La présente épitre est donc postérieure, sinon au 8 mai, tout au moins au 13 février 1645.
1. Le « château archiépiscopal » de Gaillon, construit au xvie siècle par Georges d'Amboise, archevêque de Rouen et ministre de Louis XII, est la résidence de Fr3nçois II de Harlay, qui y a fait faire des travaux importants. Sur la construction et l'embellissement de ce château, ainsi que sur sa destinée ultérieure, voy. Comptes de dépense* de la construction du château de Gaillon, p. p. A. Deville : Introduction. Dans Le Mercure de Gaillon, imprimé au château de Gaillon en 1644, c'est-à-dire un an avant la présente épître de Bois-Robert, se trouve une description en vers latins du château de Gaillon, écrite par l'archevêque lui-même (Pièce xxi : Solatium Musaruni ad Academicos, Rothomagensis pastoris GALLÎO, Ecloga, sive Pastoralis descriptio insignis Archiepiscobalis Castelli Gallionensis) ; le même recueil contient aussi un Sonnet de Bois-Robert à la louange de Gaillon et de l'archevêque.
Il6 EPISTRE
Ce doux & favorable azile
Te donne un degoust de la Ville ;
Il te fait mespriser la Cour,
Et je pardonne à ton amour :
On languit là dans l'espérance,
Et tu vis dans la jouissance.
Pour moy, si jamais je guéris
Du mal de Cour que je nourris
Dans mon cœur depuis trente années ',
Tu changeras mes destinées ;
J'ay besoin, pour un si grand bien,
D'un tel exemple que le tien ;
Et, si mon Primat2 adorable
Par tes soins m'est si favorable
Qu'il me donne un apartement [75]
Dedans un Palais si charmant,
Je quitteray nos pompes vaines,
Et, secouant toutes mes chaisnes,
Comme un Esclave desgagé
Je fuiray sans prendre congé.
Il faut pourtant que je te die
Que j'aime ici ma maladie :
Ces forests, ces lieux enchantez,
Pleins d'innocentes voluptez,
Ce parc, & ces belles allées,
Des Dieux tout freschement foulées,
Ces Palais par eux habitez,
Ces jardins par eux fréquentez,
Ces eaux où pour eux la Nature
Conserve une beauté si pure,