I-j-S RESPONSE
Faire à fort peu de frais la demeure d'un Roy.
Tu serois malheureux d'envier ma fortune : La tienne est haute autant que la mienne est commune, Où tout ce que l'Esprit peut produire de beau Doit céder en estime aufruict d'un arbrisseau. Les Vœux, que fit Ronsard pour mon Ayeul Illustre Sur ce mesme jardin l, luy conservent du lustre : Si ses arbres sont morts, au moins ses Lauriers verts Ont, comme en son Hyver, surmonté cent Hyvers ; El de mesme Baïf créât que nostre fontaine De son stile poli meritoit bien la peine : Il peignit ses beauté^ 2, & tu vois que son Eau Coule en cor en ses Vers comme en nostre ruisseau.
Ainsi ion beau Présent, au Temple de Mémoire
lettres. Voici seulement les plus connus d'entre eux : Alain Chartier, Nicolas Oresme, Olivier Basselin, Pierre Gringoire, Jean le Houx, Jean Marot, Vauquelin de la Fresnaye, Bertaut, Malherbe, Vauquelin des Yveteaux, Gaultier Garguille, Antoine de Monchrestien.d'Ouville, Bardin, Bois-Robert, Saint- Amand, Samuel Bochart, Georges de Scudéry,Sarasin, Pierre Corneille, Madeleine de Scudéry, Mézeray, Bensseradde, Brébeuf, Saint-Evrémond, Henri Basnage, Segrais.
Et parmi ceux qui bientôt leur succéderont, on peut citer : Thomas Corneille, Huet, Pradon, Chaulieu, Fontenelle, Bernardin de Saint- Pierre, etc..
r. Le marquis de Villennes fait ici allusion à YHynne de l'byver, dédié par Ronsard à Jacques Bourdin, seigneur de Villennes (? — 1567) (grand-père du marquis de Villennes), qui fut fait secrétaire des finances en 1549, eut ensuite le département des affaires d'Italie et dressa presque seul les mémoires pour le concile de Trente, puis accompagna Jean de Morvillier à Troyes, où tous deux conclurent la paixavec l'Angleterre (1554). Dans cetHynne de l'byver (Œuvres complètes de P. de Ronsard...: IV, 324), Ronsard' parle en effet du jardin de Jacques Bourdin (p. 326), mais il ne fait de vœux que pour ses champs, ses vignes, ses blés, ses troupeaux (p. 336) et non pour son jardin.
2. J'ai cherché dans les Euvres en rime de Jan Antoine de Baïf sans y trouver aucun passage sur la fontaine de Villennes. Il se peut que, trompé par les vers 35 et 36 de l'épître précédente (dans lesquels pourtant Bois-Robert se contente de dire que Baïf, comme Ronsard, vint à Villennes et s'y plut), le marquis de Villennes ait attribué à Baïf la longue pièce latine de Dorât intitulée Viîlanis qui lui revenait à' la
A MONSIEUR DE BOISROBERT. î,;9
Conservera ces Nains à l'ombre de ta Gloire ; 35 Ils seront immortels, & leurs feuillages vers,
Malgré les Aquillons, vivront en tes beaux Vers.
C'est où nostre séjour tirera l'avantage
De se voir ajusté par ton divin langage,
Et de tenir de toy l'éclat & l'ornement 30 Qu'il eust de nos Ayeux attendu vainement :
Tesmoin tous ses Lambris sans or & sans Peinture, [106]
Son modeste Portail, sa simple couverture ;
Et, sans ces Marbres pris au bord Ligurien r,
Ce logis maintenant serait conte pour rien. Si des eaux & de l'air il a quelque avantage,
S'il a ksfruicts, les fleurs, la fraischeur & l'ombrage,
Il le doit à l'Assiette, & à nos Devanciers
Qui, n'ayant pas esté ny fins ny Financiers,
Ont vescu doucement, & pu sans arrogance 40 Posséder des employs les premiers de la France,
Le Secret de V Estât par deux siècles avoir,
Estre grands en estime, estre grands en pouvoir,
Et, par leur bonne vie, en la Cour exemplaire,
Sceu rendre à la Vertu Fortune tributaire. 45 Ne pense pas de là que je veuille tirer
Un plausible sujet de trop haut aspirer ;
33 '.je me permets de corriger ici V édition de 1646, qui porte : au bord de Ligurien.
mémoire (Dorât, Pcëmatiu : I, 173), et dans laquelle Dorât chante la fontaine en question. Ces vers de Dor.a sont adressés à Jean Brinon seigneur de Villenncs, conseiller au parlement de Paris, et cousin germain du grand-père de notre marquis de Villcnnes (Cab. des titres : Cab. d'Ho^ier 59 : 1504, f° 3 ; Dossiers bleus 123 : 3036, i° 4 v°).
1. Ce sont apparemment des marbres que la mère du marquis rapporta d'Italie en revenant du voyage qu'elle fit pour aller voir son mari à Raguse (voy. p. 143, n. 1, dernier alinéa).
150 RESPOXSE
Ne crois pas que je veuille encor me mettre en peine De monter après eux à la grandeur mondaine : Au milieu des honneurs ils les oui mespriseï ;
50 Par leur seule candeur ils sont éternise^ ; Et leur ambition ne fut pas de pareslre, Mais d'estre reconnus fidèles à leur Maistre, Tels que les Morvilliers r, Oliviers 2, Robertés*, Et tels que mes Bourdins, & tant dont je me tais,
55 Honteux d'estre sorty de ces grands personnages Si relevez, si bons, si fameux & si sages, Et n'oser présumer de jamais parvenir [ 1 07]
Au rang que leur Vertu leur avait faicl tenir.
Crois-moy, cher Boisrobert, je sçay quelle est ma force ;
60 Si leur grandeur passée est une vive amorce
Qui m'embraie le cœur de marcher sur leurs pas Et d'atteindre aux honneurs où je ne me vois pas, fe cannois mon Génie &l le temps où nous sommes : f'ay besoin d'autre chose, & la Cour d'autres hommes ;
1. Jean de Morvillier (a) (1 507-1 577) fut successivement maître des requêtes, ambassadeur à Venise, ambassadeur au concile de Trente, évêque d'Orléans, conseiller au parlement, conseiller d'Etat, et garde des sceaux. Il était cousin germain de la femme du célèbre médecin François Miron, et frère de la belle-mère de ce Jacques Bourdin dont j'ai parlé plus haut (p. 148, n. 1) (Moreri. — Cab. des titres : Cab. d'Hier 59 : 1504, f° 3).
2. François Olivier (1487- 1560), seigneur de Leuville, successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, président à mortier au parlement, garde des sceaux, et chancelier de France, fut « docte, éloquent, judicieux, sincère, bon ami, & doué d'un courage inflexible » (Moreri).
3. Florimond Robertet (1492-15 22), trésorier de France sous Charles VI!I, accompagna ce rci à Naples, où il mena à bien les négociations les plus épineuses. Son neveu et son petit-fils, secrétaires d'Etat, se rendirent aussi célèbres par des négociations importantes ; ils s'appelaient aussi Florimond Robertet (Moreri).
(a) Et non pas Morvilliers (voy. Cab. des titres : Pièces orig. 2062 : 46910, fos 47 et suiv.).