A MONSIEUR DE BOISROBERT. 1 5 I
65 Je suis trop modéré pour y sçavoir agir ;
Son port a trop d'escueils pour à Y aise y surgir ; Ce temps n*est plus celuy de nos vieux Secrétaires Qui songeoient à l'Estat & non à leurs affaires, Ainsi que mon Ayeul sous trois Rois differens,
70 Qui par an, pour tout bien, amassa deux cens francs. Cesse donc de me plaindre, ou ne me crois pas sage ; J'ay faict, jeune, en la Cour un long apprentissage, J'en connoy les beauté^, j'en connoy les appas, j'en descouvre le piège &. ne m'y prendray pas.
Je ne dis pas, pourtant, que, si jepouvois croire U arriver quelque jour au faiste de la Gloire, Le désir de me voir en estât d'obliger Ne me fist pour autruy mon repos négliger, Changeant mes jours heureux en heures malheureuses ;
80 « L'Ambition sied bien aux Ames généreuses '. » Mais, puis que j'ay perdu la trace qu'autrefois Je m'estois faite auprès des Princes & des Rois Aux despens de mon bien, de mon aise & mon âge, [108] Je m'empescheray bien, eschapê du naufrage,
8î De me commettre plus sur l'orageuse Mer
Où je vois chaque jour tant de gens s'abismer.
Et puis je ne sçay plus gour mander ma franchise, Comment on se contraint, comment on se déguise ; Je ne reconnois plus les es très de la Cour :
90 Elle a changé, depuis, d'hommes & de séjour ;
Je l'ay veue en ce Louvre oh l'on voit croisth l'herbe, Et, sur la mesme place oh le Palais superbe Fut bas ty par Armand pour demeure à nos Rois,
1. Les guillemets semblent indiquer que ce beau vers, d'allure cornélienne, est une citation ; s'il en est ainsi, j'ignore qui en est l'auteur. Peut-être aussi servent-ils simplement à mettre en relief cette réponse directe aux vers 51-5$ de l'épître précédente.
J'appris à manier un cheval autrefois ». 95 Cela me fait prévoir que, si je m'y rengage,
Soudain j'y passeray pour un nouveau visage,
Je ne verray personne à qui m associer,
Et ne seray connu de Garde ny d'Huissier.
)' aime mieux, sans hasard de tant d'heures mauvaises, I°o Gouster en ce séjour mon plaisir <fc mes aises,
Estre dans mon jardin, que je verray planter
Desfruicis les plus exquis que j'auray faict enter,
Resver, aupre\ les bords de sa grande Fontaine,
Si son eau passe ou cède à l'eau de nostre Seine, io> Et juger si la veue est plus belle à nos yeux
Alors qu'elle a pour borne ou la terre ou les deux. Là je pratiquer ay cette innocente vie
Qu'un Cyrus estimoit & qui, digne d'envie,
Confond les plus heureux, brave les plus contens, [109]
1. A partir de 1624, Richelieu acheta successivement, à l'extrémité occidentale de la rue saint Honoré, près des remparts, un certain nombre d'immeubles qu'il fit ensuite démolir, et sur l'emplacement desquels il se fit bâtir un somptueux hôtel , qui s'appela Ybôtel de Richelieu (Champier et Saudoz, Le palais royal... : I, p. 11 et suiv., et 463 et suiv.). C'est ainsi que Richelieu acheta, le 16 juin 1633, l'académie de Benjamin, manège appartenant à Pierre de Hannicques (a), seigneur de Benjamin, et où venaient s'exercer à l'équitation les personnes de qualité (Id. : I, p. 464 et 18) ; c'est à ce manège que fait ici allusion le marquis de Villennes : son souvenir date donc d'au moins douze ans.
Le 16 juin 1636, Richelieu fit don à Louis XIII de son hôtel, s'en réservant seulement la jouissance sa vie durant. Enfin, le Ier février 1641, il lui donna le nom de palais cardinal (Lettres aupresident Barillon : II. 239 V0).
Après la mort de Richelieu (4 déc. 1642), le palais cardinal devint donc la propriété du roi. Mais ce ne fut que le 7 octobre 1643, lorsque la reine, devenue veuve, quitta Saint-Germain pour Paris, que la cour abandonna le Louvre et s'installa au palais cardinal, qui prit le nom de palais royal (Galettes : 1643, p. 884).
(a) Et non pas Hannique (voy. Cab. des titres : Pièces crig. 1476 : 33434, fc> 2 et suiv.).