‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 124 sur 236 · Voy. T. I" : p. 218, n · texte numérisé non relu

Voy. T. I" : p. 218, n

A MONSIEUR LE iMARQUIS DE VILLARSEAUX. I77

Quand j'c-stois amoureux transi ; J'estois tout plein d'inquiétude ; Je n'aymois que la solitude ; Je n'avois plus les yeux ouverts Que pour les objets de mes Vers ; , Je trouvois la Cour importune ; fn^]

Tout mon plaisir & ma fortune Se bornoient dans un doux sousris Ou de Climene ou de Cloris ; Parfois j'en avois davantage, Mais j'estois un Amant volage ^ Je connois ton tempérament, Ht j'en juge plus sainement :

Il faut ou que la mort t'arrache L'objet où ton ame s'attache, Ou qu'un mépris fort apparent (S'il te devient indiffèrent) Ait fondé cette indifférence

Etdestruit ta persévérance.

Je croy donc l'objet fort heureux ^o Qui t'aura pu rendre amoureux :

Ta constance est incomparable

Et, devant ta fiâme durable.

Les Amadis, les Céladons

N'eussent paru que Mirmidons.

Mais j'en voy peu, je le confessi.

Dont la orrace & la gentillesse Puissent fonder cette langueur Dont ton œil accuse ton cœur.

I. Sur les amours variées de Bois-Robert dans sa jeunesse, voy. les breuses pièces de vers au'il rit imprimer, à "

le Recuiil des plus beaux vers ac Messieurs,.. (1627).

Seroit-ce point certaine brune ' 60 Dont la beauté n'est pas commune

Et qui brille de tous costez

Par raille rares qualitez ?

Outre qu'elle est aimable & belle, [139J

Je t'ay veu lancer devers elle 6> De certains regards languissans

Qui n'estoient pas trop innocens.

Je luy voy des attraits sans nombre ;

Ses yeux bruns ont un éclat sombre

Qui, par un miracle d'Amour, 70 Au travers des cœurs se fait jour

Et sçait éblouir la paupière

Mieux que la plus forte lumière ;

Dans son esprit & dans son cors,

Je découvre plus de trésors 75 Qu'elle n'en vid jamais parestre

Dans le climat qui l'a veu naistre ^.

Si c'est cette rare beauté

Qui tient ton esprit enchanté,

MARQUIS, j'ay raison de te plaindre, 80 Car son humeur est fort à craindre :

Elle a presque autant de fierté

1. Françoise d'Aubigné (1655-1719), femme de Scarron depuis avril 1652. « Villarseaux s'y attache...; jusques icy on croit qu'elle n'a point fait le saut. » (Tallcmant : VII, 40). Deviendra-t-elle, pour un temps d'ailleurs très court, la maîtresse du marquis de Villarceaux ? cette question sera longuement discutée par les historiens sans qu'on puisse aboutir à une certitude. C'est vers cette époque que le marquis fait exécuter, au château de Villarceaux, le fameux tableau représentant M™' Scarron toute nue, assise sur un lit de repos (Morillot, Scarron... : p. 108- 11 2).

2. Ses contemporains la croient née à la Martinique, où elle fit un séjour dans son enfiince : ils l'appellent souvent <r la belle Indienne ».

A MONSIEUR LE MARaUIS DE VILLA RSEAUX. I79

Qu'elle a de grâce & de beauté.

Je soupçonne une blonde encore %

Qu'en vain toute la Cour adore,

Qui luit d'un air impérieux

Sur les cœurs les plus glorieux,

Devant qui les Dieux de la terre

Sont plus fragiles que du verre.

J'ay sceu que son œil t'a charmé, 90 Et que ton cœur est consumé

Par la trop ardante lumière [140]

D'une divinité si fiere.

Prens garde à toy, mon cher MARQUIS ;

De vray, son mérite est exquis ; 95 Mais, si son cœur inaccessible

Pour toy devenoit insensible,

J'aurois sujet de te blâmer

Si tu t'obstinois à Taymer ;

Comme ton mérite est extrême, 100 Songe à n'aymer que ce qui t'ayme ;

Suy qui t'estime, & ne pers pas

En l'air tes soupirs ny tes pas.

Page 1