‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 125 sur 236 · DE CHALAIS · texte numérisé non relu

DE CHALAIS

En s'acquittant de ce qu'elle luy avoit ordonné, il la somme de se souvenir aussi de sa promesse & de luy faire toucher l'argent d'une Ordonnance par les mains de Monsieur Janin \

EPISTRE VIII

[écrite à Rouen, en 1633 ou en 1656, au mois de juin] 3

Il me souvient que vous m'avez permis De vous écrire, & je vous l'ay promis. En petits Vers je vous tiens ma promesse, Mais non sans honte, adorable Comtesse, Car ce Climat ne me sçauroit fournir Grande matière à vous entretenir.

Et je crains bien que, manquant de nouvelles, [142' Tout mon débit ne soit qu'en bagatelles. Vaille que vaille, il faut vous contenter. Je croy pourtant, & sans trop me flatter.

I. Charlotte de Castille (}-i6)^), veuve d'Henri Talleyrand, seigneur {dit « comte ») de Chalais, que Richelieu fît décapiter en 1626. Elle est fille de Pierre de Castille (conseiller d'Etal, et contrô-

A MADAME LA COMTESSE DE CHALAIS. l8l

due mon esprit, qui par tout a sa grâce,

La communique à quelque objet qu'il trace :

Soit qu'il se joue ou qu'il soit sérieux,

Son art y brille & plaist aux Curieux ;

Qu'importe donc quelle soit la matière,

Si cette grâce y brille toute entière

Et si mon style, agréable, enjoué,

Par vostre bouche a l'heur d'estre loué 4 ?

Je ne voy plus que des âmes grossières,

Qui du beau Monde ignorent les manières ;

Comtesse Illustre, il vous importe peu,

Car leur sottise icy me fait beau jeu,

Et, si j'imite à peu prés leur nature.

J'en pourray faire une belle peinture ;

Un Peintre expert doit plus estre estimé

Peignant un sot qu'un Héros renommé.

Si la Nature, avec soin consultée

Pour ce sot-là, paroist mieux imitée ;

Et tel Crotesque a quelquefois bravé

Les plus beaux traits d'un visage achevé.

S'il est ainsi, souffrez que je vous die

Ce que je sens des gens que j'estudie,

Et leur tableau vous divertira mieux

Que si j'avois à peindre de beaux yeux,

leur et intendant général des finances) et de Charlotte Jeannin (fille du président Jeannin).

2. Nicolas DE Castille (?-i69i), baron de Montjeu, frère de la précédente, est communément appelé par ses contemporains M. Jeannin de Castille (Jeannin étant le nom de famille de sa mère) et, par abréviation, M. Jeannin. (Anselme : IX, 334). Il est trésorier de l'épargne depuis 1644 (Cab. des titres: Dossiers bleus 158: 4118, f» 36). En 1655, son fief de Montjeu sera érigé en marquisat (Expilly).

5. Le lieu est indiqué au vers 60. Pour l'année, voy. p. 184, n. 2 ; pour le mois, voy. le vers 112.

Page 1