Voy. T. 1er : p. 5, n. i
2. « On nommoil cy-devant Espargne le Trésor Royale le lieu où on portoit toutes les finances du Royaume. >) (Furetiére 1690).
« Il m'oste seul le plaisir que je donne ; « Vous me croirez aisément sur ce point, a Car on ne peut donner ce qu'on n'a point. « — Si c'est l'argent qui fait vostre tristesse, « Me dites-vous, j'ordonne qu'elle cesse ; « Je sçay fort bien qu'à l'Espargne il est court.
Et je l'impute au départ de la Court ; « Mais, cher Abbé, je sçay mieux que mon frère « Est résolu d'achever vostre affaire ; « Asseurez-vous qu'elle s'accomplira, « Et des deniers les premiers qu'il aura. a — Ouy, respondis-je, ô Comtesse adorable, « Je connois bien qu'il m'est ires-favorable, « Ce digne frère, aux Muses complaisant, « Ce généreux, cet Esprit bien-faisant <' Qui pour l'amy n'est jamais sans ressource « Et dont le cœur est plus grand que la bourse ; « Mais, las ! d'ailleurs je voy son embarras : « Il a la Ville & la Cour sur les bras, « Tout court à luy, sur luy chacun se fonde ; a Si chacun l'ayme, il ayme tout le monde « Et n'eut jamais un seul ton négatif « Pour renvoyer un demandeur plaintif.
« Il tient un peu de certaine personne « Que je connoy, charitable, & si bonne « Qu'elle ose bien hautement s'accuser [HS]
c< Q.u'clle n'a pu jamais rien refuser. <( Mais c'est l'honneur dont il fait plus de conte, (( Qui fait en luy ce qu'elle fait sans honte. « Je suis le seul qui tremble à son aspect ; « Son doux accueil redouble mon respect ; « Il void en vain mon besoin qui le touche : « M'ouvrant la bourse ; il me ferme la bouche ;
I s 4 EPISTRE
« Car je voy trop que c'est de son denier, « Que je voy court, qu'il voudroit me payer. « Je sçay d'ailleurs, quand sur billets il donne,
Joo « Qu'il en doit conte au Dieu qui les ordonne \
« Que sans son ordre il n'ose rien vouloir ; « Et, dans ce temps, qui peut s'en prévaloir ? « — La chose, Abbé, sans doute est mal-aisée, « Me dites-vous ; l'Espargne est épuisée ;
105 « Mais sa bonté, qui ne l'est pas pour vous,
« Deust-elle icy faire mille jaloux, « En Juin, sans faute, & devant le quinzième, « Vous fera voir à quel point il vous ayme. « Partez sans crainte, & dans Juin revenez
iio « Pour voir bien-tost vos souhaits terminez. »
Je suis party sur cette confiance.
Juin est venu, qui me void sans finance : Je n'en ay plus que pour me ramener Où vous devez mes soucis terminer.
IIS Je pars demain. Faites, s'il est possible,
Que ce cher frère, à mon besoin sensible,
Qui sçait ma peine & qui m'ayme sans fart, [146]
Mette pour moy quelques Louis à part,
Qu'il vous les donne, & qu'en vos mains je vo3'e
120 Ce doux métal nécessaire à ma joye 2.
Vous ne sçauriez favoriser mes vœux Qu'en ce secours nous ne gagnions tous deux :