‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 129 sur 236 · BO I L E A U · texte numérisé non relu

BO I L E A U

11 se plaint à liiy de la perte qu'ils ont faite de Monsieur le premier Président \

[écrite à Paris, peu après le 13 mars 1657] 3

Plains-moy, BOILEAU, toy qui, devant ma Voyois mon ame aux délices ouverte. [perte,

Quel changement ! cet esprit enjoué Qui te plut tant, dont tu m'as tant loué, Et qui faisoit le plus doux de tes charmes. Cède au chagrin qui fait couler mes larmes. Perdant Pompone, helas ! j'ay tout perdu. Si mon esprit par toy ne m'est rendu.

Console-moy, fay que ta voix soustienne Mon ame, icy moins forte que la tienne. Rejoins mon cœur, fendu par la moitié, [148] Qui n'attend rien que de ton amitié.

Qui, sans ton ayde, à sa douleur succombe Et va chercher ce Héros sous la tombe.

I. Gilles BoiLEAu (1631-1669), avocat au parlement, est âgé de 26 ans. Les recueils collectifs de poésie ont déjà publié douze pièces de vers de lui. 11 sera reçu académicien dans deux ans (1659).

Son frère cadet, Nicolas Boileau (1636-1711), dit le sieur des

A MONSIEUR BOILEAU. 187

Tu me diras que le tien, abattu,

En vain pour soy rappelle sa vertu ;

Que ton esprit, comme ton œil, se noyé

Dedans les pleurs ; qu'il est mort à la joye ;

Que le chagrin détruit tous ses appas

Et qu'il ne peut donner ce qu'il n'a pas. .

Je te répons, moy qui connoy sa force,

Que l'amitié luy peut servir d'amorce.

Et que, cédant à son authorité,

Il reprend feu dés qu'il est excité.

2^ Je verray donc, cher BOILEAU, si tu m'aimes,

Car tu connois mes déplaisirs extrêmes ;

Si ta douleur devient extrême aussi.

Rien ne te sert de l'alléguer icy.

J'ay veu le fonds d'un esprit qui se fie so Au grand secours de sa Philosophie,

Et je sçay bien, s'il répond à mes vœux.

Qu'il en aura de reste pour tous deux.

Sois donc propice à Tennuy qui m'oppresse :

Préaux, est âgé de 21 ans; il vient d'être reçu avocat au parlement il y a trois mois et demi, le 4 décembre 1656 (Cab. des titres : Chérin 28 :

2. Pompone II de BELLrÈvRE (1606- 165 7), premier président au parlement, est mort le 13 mars 1657 0^ présente épître date donc de la seconde quinzaine de mars 1657). Il fut autrefois ambassadeur en Italie (163$), en Angleterre (1637-1640), puis de juouveau en Angleterre (1646-1647), enfin naguère en Hollande (1651). {Gaieties : là^-j, p. 263. — Cab. des litres : Cab. d'Ho\ier 37 : 896).

Il avait épousé une fille du fameux Claude BullIon.

Une de ses sœurs, morte trois jours avant lui, était femme d'Achille II DE Harlay, comte de Beaumont, maître des requêtes, futur procureur général au parlement.

Il eut autrefois deux oncles archevêques de Lyon.

Enfin son grand-pére, Pompone I de Belliévre (15 29-1607), fut chancelier de France (Cab. des titres : Cah. d'Ho-:^ier 37 : 896).

Bois-Robert a composé pour lui une épitaphe : elle figure à la page 280 des Autres Œuvres qui suivent les Episires de 1659.

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