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l88 EPISTRE
Flatte mon mal, soulage ma foiblesse ; 5 S Charme mon deuil, si le tien le permet,
Par les vertus du Dieu qui nous aymet ;
Dy que sa gloire, en miracles féconde,
A dédaigné les vains appas du monde,
Que cet esprit si grand, si précieux, [H9]
40 Comme un éclair disparut à nos yeux,
Pour faire voir que son mérite insigne
D'un Siècle ingrat n'avoit pas esté digne ;
Dy que le Ciel, de ses vertus épris,
Vouloit jouir d'un bien qu'il a repris ; 4S Dy que Themis vers la voûte étoilée
Avec cet Astre a repris sa volée.
Mais, cher BOILEAU, serai-je consolé
Quand tu m'auras si dignement parlé
De ce Héros, dont la gloire infinie 50 Attend l'effort de ton rare Génie ?
Tu vas pour luy suspendre mes douleurs ;
J'admirerai ton art & tes couleurs.
Car ton Pinceau, rare & digne d'envie,
Luy va donner une seconde vie ^ :
55 Nous le verrons tel qu'il nous paroissoit
Quand tout Paris, charmé, le benissoit.
J'aime déjà l'ébauche que tu traces :
Tu le vas peindre avec toutes ses grâces ;
Tu nous rendras ses vertus & ses mœurs, 60 L'art qu'il avoit à gagner tous les cœurs.
Et ses honneurs dont l'éclat fut extrême ;
Mais pourras-tu nous le rendre lui-mesme,
I. Je ne crois pas que, sur ce sujet, Gilles Boileau ait écrit autre chose que le sonnet 5m/- la mort de M. le P. P. de Bellievre ( G. Boileau, Œuvres posthumes : p. 163).
A MONSIEUR BOILEAU. 189
Et mon esprit peut-il estre flatté
D'un vain Tableau si bien représenté ?
Peux-tu, sensible à l'ennuy qui me tue,
Tromper mon cœur aussi bien que ma veue
Et me monstrer vivant, dans un Tableau, [150]
Ce que je sçay qui gist sous un tombeau ?
Non, non, BOILEAU, cette entreprise est folle ;
Tout me déplaist, & rien ne me console.
Où je connois que Pompone n'est plus,
Mes vœux sont vains, mes désirs superflus ;
Et, si pour moy ton Eloquence est vaine.
Où chercherai-je un remède à ma peine?
A MONSIEUR LE COMTE
DE S. AGNEN,
Premier Gentil-homme de la Chambre '.
Il le remercie de ce qu'il l'a justifié, sans qu'il l'en eust requis & avant mesme que de sçavoir son innocence, contre le faux rapport d'un Frippon, connu pour faussaire, qui pensa causer un grand désordre.
[écrite le 19 décembre 165$] -
Digne Héritier d'un Père glorieux 3 Qui surpassa ses Illustres Ayeux Et qui, pour moi prodigue de tendresse, [i52j De son estime honora ma jeunesse, COMTE, l'honneur d'un siècle moins heureux Mais qui te trouve encor plus généreux,
r. François de Beauvillier (a) (r6o8 }-i6Sj), comte de Saint- Aignan, conseiller d'Etat et maréchal de camp, est premier gentilhomme de la chambre du roi depuis le 2 décembre 1649. Il est âgé de
(a) Et non pas Bcanvilliers (voy. Cab. des titres : Pièces orif. 2SS: 5555. f* 44).
Ne souffre pas que l'on m'impute un crime
Qui terniroit l'éclat de cette estime :
Prend ma deffence, & de ton bras puissant
Vien m'appuyer si je suis innocent.
On t'a conté ma bizare avanture,
Et, comme au vrai Ton mesle l'imposture
Et qu'un grand Homme à faux s'y voit cité,
Je t'en dirai toute la vérité.
Ah ! si j'osois remettre en ta pensée
L'estat brillant de ma gloire passée 4,
Ce siècle doux où, sous le grand ARMAND,
L'Illustre ABEL 5 m'aima si tendrement,
Le temps heureux où ce Héros insigne
De ses faveurs ne me crut pas indigne,
Tu paroistrois encor plus estonné
Du crime noir dont il m'a soupçonné ^.
Dieu m'est témoin si ce cœur magnanime,
Qui dés ce Siècle attira tant d'estime
Et dont sur tous la vertu m'enchantoit,
N'eut point de moy l'Encens qu'il meritoit.
J'ai mois sa gloire, & l'on me fit combattre
47 ans. 11 se démettra de sa charge de premier gentilhomme de la chambre le 21 février 1657 ^" faveur de son fils aîné, sera nommé gouverneur de Touraine en 1661, deviendra académicien en 1663, et sera fait duc et pair au mois de décembre de la même année (Moreri) ; enfin en octobre 1685 il deviendra directeur de 1/académie française (^Mercure galant : décembre 1685).
2. Voy. p. 196, n. I, p. 192, n. i, p. 193, n. i, et le vers 163.
3. Honorât de Beauvillier (1580 ?-i622), comte de Saint- Aignan, fut maître de camp de la cavalerie légère de France et lieutenant général du Berry (Moreri). Bois-Robert autrefois écrivit son épitaphe, sous la forme d'un sixain qui fut par la suite imprimé en 1627 dans le Recueil des plus beaux vers... (p. 589).