‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 13 sur 236 · CARDINAL · texte numérisé non relu

CARDINAL

Il l'entretient de l'ingratitude des gens de Province.

EPISTRE PREMIERE

[écrite à Paris, à une date inconnue] -

Prince Eminent, qui fournis à l'Histoire Ce qu'un Mortel peut contenir de gloire, Qui nous soutiens par la mesme vertu Qui rend l'orgueil de l'Espagne abattu, Qui vas ternir les belles advantures [2]

Des siècles vieux & des races futures, Et qui feras refleurir en nos jours Un siècle d'or qui durera toujours, Souffre, au retour d'une terre sauvage 3,

1. Giulio Mazarini (je rappelle qu'il n'a jamais francise son nom),

2. Les vers 24 et 25, où « icy » est opposé à « en Province », indiquent que l'épitre est écrite à Paris.

lo Qu'en petits vers je t'offre mon hommage ;

De mon esprit ne sois pas rebutté :

Dans la Province il ne s'est point gasté. Reçoy ma Muse en Esclave zélée Qui s'est tousjours pour ta gloire immolée,

iS Et qui conserve encor cet agréement

Qui fit jadis les délices d'Armand 4.

Certes je sors d'un Climat triste & rude, Où je n'ay veu que de l'ingratitude, Où je fay vœu, si tu ne m'y promets

ao Un grand Employ, de ne r'entrer jamais.

Dans ces lieux là, comme aux lieux où nous som- Par la faveur on mesure les hommes. [mes,

Mais les humeurs différent en ce point Qu'on souffre icy ceux qui ne servent point,

as Mais en Province on méprise, on offence

Ceux qui pouvoient & n'ont plus de puissance. Tu peux, grand Prince, icy m'estre témoin Que j'ay servy tout le monde au besoin Quand, prez d'Armand, cette amante volage

30 Que je servois me rioit au visage 5.

Tous les matins on voyoit arriver.

Drus comme Autheurs, Normands à mon lever ; Et, pour servir cette race importune, [3]

J'ay bien souvent hazardé ma fortune 6.

3 s Tant qu'ils ont veu que faveur m'a duré,

3. C'est la Normandie qu'il appelle ainsi : voy. les vers 52 et $uiv..

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