Voy. T. !«■■ : p. 103, n. i
4. La grand chambre et la chambre des enquêtes du parlement de Paris.
Si quelqu'un dit que le divin Mole
Fit un seul signe alors que je parlé,
Luy qui depuis, comme il m'aime sans doute,
Avec plaisir & me souffre & m'^écoute,
Si quelqu'un dit qu'il m'ait veu déchirer
Ce Nom sacré que je dois honorer,
Q.u'on me bannisse en coupable exemplaire
Comme jadis on bannit mon faussaire,
Et que sur moy Lacquais soient déchainez
Si comme luy je remontre mon nez.
Veux-tu sçavoir, Comte, quel fut mon crime
Et quelle fut la douleur légitime
Qui me força, mais fort discrettement.
De monstrer là quelque ressentiment ?
Quelqu'un me dit que ce Ministre sage
Dit, à quelqu'un qui louoit un Ouvrage
Que j'avois fait, s'il n'estoit pas flatteur [156]
Que les vers donc valoient mieux que TAutheur ;
Et, comme enfin il m'importe qu'on sçache
Que je ne suis ny mal-faisant ny lâche,
Je fus forcé de dire ingénument
Qu'on me vouloit du mal sans fondement ;
Que comme mo}' mes Muses mal-menées
Sentoient ce mal & depuis vingt années
Qu'aux temps passez quelque autre scélérat
M'avoit noircy par un mesme attenfàt ;
Qjae JULE enfin sçavoit mon innocence
Et qu'il m'avoit oflf"ert son assistance
Pour me remettre en l'estime d'ABEL
De qui le nom devoit estre immortel ;
Que dans son cœur j'avois eu quelque place
Et qu'il vouloit me redonner sa grâce ;
Que, répondant à cet offre obligeant,
130 « Si cet Abel qui gouverne Targent,
« Prince, luy dis-je, estoit encor le mesme « Qui sous Armand soustint le Diadesme, « De sa vertu plus que pas un touché, « Avec plaisir je l'aurois recherché.
155 « J'aurois, malgré cette vieille imposture,
« Son amitié si je Tobtenois pure.
« Mais rechercher avec un zèle ardant « Ce mesme Abel qu'on void Surintendant ^ « Seroit-ce pas monstrer quelque foiblesse
140 « Dedans un cœur que l'honneur interesse,
« Moy qui regarde, au point où je le voy, [157] « Sa vertu seule & non pas son employ, <c Moy qui ne veux qu'un accueil favorable « Et qu'un souris de cet homme adorable ? »
I4S Voila, sans plus. Comte, ce que je dis ;
Et ces gens-là furent tous interdis De voir un cœur, éloigné d'artifice.
De tels respects payer telle injustice.
Le seul méchant qui m'a calomnié,
150 Et qui depuis en tous lieux l'a nié
Comme il nia ce qu'il fit en faussaire, Mesla le crime à ce discours sincère.
Mais chacun voit ce crime supposé ; Abel tout seul en demeure abusé,
155 Et c'est le seul qu'il faut qu'on desabuse.
Puisque je Tayme & qu'à tort il m'accuse. Pour lui monstrer combien il est deceu, Fais-luy sçavoir comment je suis receu Chez ce Ministre & juste & vénérable
I. Puisque Servient est surintendant, la présente épître est postérieure au 8 février 1653 (voy. p. 168, n. i).
160 Qui, luy dit-on, m'a fait taire à sa table.
Et de quel air il reçoit l'imposteur Que de ce mal il croit le seul Autheur. Tout fraischement, hier, dix-huit Décembre, On en parloit dans sa petite Chambre,
16$ Et, comme il sceut qu'on le citoit à faux,
Persuadé de ce peu que je vaux, « L'Abbé, dit-il, est un homme agréable, a De qui l'humeur est tout à fait aimable ; « Bien loin d'oser retrancher ses discours, [158]
170 « Je voudrois fort qu'il pust parler toujours,
oc II a l'esprit enjoué, je l'avoue, « Et c'est toujours sans blesser qu'il se joue ; « Mais si d'Abel il avoil mal parlé « (Je ne suis point homme dissimulé),
17) « Quelque dessein qu'il eust eu de me plaire,
« Qu'il fasse estât que je l'aurois fait taire. » Tu vois donc bien qu'au lieu de l'avoir fait Il a paru de moy tres-satisfait.
Si tu peux croire icy que je t'impose
x8o Et que j'altère ou déguise la chose.
Quatre témoins la peuvent garantir, Qui ne sont point des hommes à mentir : Fresnoy ', Boyer 2, Beauregard 3 & Chezieres4
1. 11 s'agit peut-être de Charles-Alphonse pu Fresnoy (161 i- 1665), peintre célèbre, âgé de 44 ans, fils d'un apothicaire de Paris, t II n'y a pas eu de peintre François qui ait tant approché du Titien ». On cite principalement, comme son chef-d'œuvre, ce qu'il a fait au Raincy chez Jacques Bordier, intendant des finances (Moreri).
2. Il s'agit peut-être de l'abbé Claude Boyer (1618 P-iéçS), poète, âgé de 57 ans. 11 a déjà écrit une demi-douzaine de tragédies ou tragicomédies. En 1666, il sera reçu académicien (Moreri).
3. René de Beauregard (? — ?), seigneur du Fresne, est maître d'hôtel du roi depuis le i" juillet 165 î (Cab. des titres : Dossiers bleui