‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 15 sur 236 · Voy. T. I", p. 50, n · texte numérisé non relu

Voy. T. I", p. 50, n

Dieu sçait comment ils m'ont tous honoré : Si quelque fois j'allois dans la Province, J'estois par eux régalé comme un Prince ; Les Présidents, qui jamais ne sortoient

40 Pour visiter, d'abord me visitoient ;

Un mois devant on sçavoit ma venue ; On me tiroit le chapeau dans la rue, On m'adoroit, & les plus apparens Payoient Dozier ^ pour estre mes parens. J'ay veu tel Noble, Illustre de naissance, Qui se vantoit d'estre en mon alliance Et me disoit, venant m'entrelenir :

a L'honneur que j'ay de vous appartenir. » Mais aujourd'huy, qu'on me sent inutile,

50 On me regarde en nostre bonne Ville *

Comme un autre homme ; et ces gens si sousmis,

Tous ces flatteurs, tous ces parfais amis,

Tous ces zelez, qui me faisoient parestre

Un cœur si franc, ont peine à me connestre 5.

Ceux qui portoient ma gloire jusqu'aux Cieux

Sont devenus mesdisans, envieux :

1. Pierre d'HoziER (1592-1660), seigneur de la Garde, si connu comme généalogiste, est juge général des armes et blasons de France depuis 1641, maître d'hôtel du roi depuis 1642, et conseiller d'Etat depuis 1654 (Cab. '^^^ titres : Dossiers bleus 362 t 94 19, f" 57 v"). Au moment où paraît le présent volume d'Epistres en vers, d'Hozier est âgé de 67 ans.

Tallemant dira de lui, quelques années plus tard : « Il pria Boisrobert de changer un endroit d'une epistre où il y a, en parlant de ceux de Normandie :

Et les plus apparents Payoient d'Hozier pour estre mes parents. Il vouloit qu'on mit priaient ; mais payaient est tout autrement joly, et est dans la vérité car d'Hozier se fait bien payer, a (VI, 521).

2. A Rouen, où Bois-Robert va, plusieurs mois par an, remplir ses fonctions de chanoine à la cathédrale.

3. Sur l'ingratitude des amis de Bois-Robert, voy. T. I", p. 25, n. 2.

Mon petit bien les met en frenezie, Ils ne sçauroient cacher leur jalousie ; Avec ma suitte ils ont peine à me voir,

60 Et ces sots-là ne peuvent concevoir

Par quelle adresse attrapant une crosse ^ [4]

J'ay peu mener les Muses en carrosse.

Tel, qu'on a veu de mes bien-faits ravy. Dit hardiment qu'un autre l'a servy,

6s Confond les temps, ment pour se faire croire,

Et perd l'honneur sans perdre la mémoire ; Tel, qu'on eust veu tomber sans mon appuy, Voudroit me voir succomber aujourd'huy ; Qui m'adoroit, enfin me persécute,

70 Car ma fortune a fait la cullebutte.

Je ne suis pas pourtant si ruyné Qu'un Peuple ingrat se l'est imaginé.

Tu m'as aimé, grand Prince que j'adore, Et je sens bien que tu m'aymes encore :

75 Le bon accueil que tu me fais par tout,

De tous tes gens m'a fait venir à bout ; Ils sçavent bien l'amour que je te porte ; Quand on leur dit que je suis à ta porte, Où pour tout but je cherche à me montrer 2,

lo Assez souvent ils me laissent entrer

Dans l'Anti-chambre & dans la Garderobe, Où le coup d'œil par fois je te dérobe ; En tel rencontre ils m'ont si bien traitté Que tout le jour j'en ay pris vanité.

85 Quelques Normands, plantez sur ton passage.

Ont veu deux fois discerner mon visage ;

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