LE DUC DE
RICHELIEU
Il l'entretient d'un procès qu'il a perdu touchant l'échange de Champigny \
[écrite à Paris, en mai 1657] ^
DUC, Héritier du nom & de la gloire Du grand Armand, si cher à ma mémoire. Je viens d'apprendre avec estonnement De ton procès l'estrange événement ; Qu'un dur Arrest t'obligeoit en Justice A relever un antique Edifice, Mais que celuy qui doit tout garantir En sortoit quitte & te laissoit bastir. L'Arrest est rude, il faut que je l'avoue, Et je pardonne à celuy qui s'en loue : Il prend ^en gré ce qu'on luy veuf donner ; Mais, sans mentir, j'ay peine à pardonner Aux Juges prompts de cette Cour supresme.
1. Armand-Jean Vuignerod (1629-1715), général des galères de France, petit-neveu du cardinal de Richelieu, est duc de Richelieu depuis quatre mois : depuis le 15 janvier 1657. Il est âgé de 28 ans (Anselme: IV, 375).
2. En juillet 1635, le cardinal de Richelieu avait forcé Gaston
Que cet Arrest blesse plus que toy-mesme ;
iS Et, si leur Chef eust duré jusqu'icy 4, [192]
J'eusse gagé qu'on n'eust pas fait ainsy. DUC généreux, tout ce qui me console De cet Arrest que tu rendras frivole, C'est que j'apprens que JULE en est touché
20 Et que son cœur ne s'en est point caché ;
J'ay veu sa Lettre obligeante & civile, Qui fait grand bruit déjà parmy la Ville > ;
de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, à lui céder la terre de Champigny, en Touraine, contre celle de Bois-le-vicomte, et à en démolir la maison seigneuriale.
En 1657, 1^ ^ grande Mademoiselle )), fille de Gaston, attaque en justice le duc de Richelieu, héritier du cardinal, pour qu'il rende Champigny contre Bois-le-vicomte et qu'il en fasse rebâtir la maison seigneuriale ou en paye la reconstruction.
Ce procès vient d'être jugé, après Pâques L'avocat général Denis Talon fit un plaidoyer magnifique : il rappela aux membres du parlement l'ingratitude de Richelieu envers Marie de' Medici, sa tyrannie envers Gaston et envers eux-mêmes, « leur disant qu'il n'y en avoit pas un qui n'eût été exilé, ou leurs proches. » Le parlement donna gain de cause à Mademoiselle (^Mémoires de MU* de Montpensier : I, 21- 22; IV, 26-31).