‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 163 sur 236 · A MADAME DE MANCINI · texte numérisé non relu

A MADAME DE MANCINI

Qui pour jamais dévoient apparemment

Entretenir ce dur éloignement ;

Bref, vous avez, contre toute apparence,

Et relevé ma débile espérance

Et dissipé tout ce qui me troubloit,

Sans regarder la main qui m'accabloit.

Une puissance & grande & redoutable

Estoit en droit de me juger coupable ;

Mais vostre cœur, & soit dit en passant,

Avoit senty que j'estois innocent ;

C'en estoit trop pour oser entreprendre

Avec éclat l'honneur de me deffendre.

Un moindre bras m'auroit-il deffendu ?

C'en estoit fait : sans vous, j'estois perdu.

De crainte encor mes veines sont glacées

Quand je repense aux intrigues passées.

Quand je me vy si bas, si mal mené,

De mes amis partout abandonné,

a Adieu, disois-je en fondant tout en larmes.

mcslant que de gouverner sagement sa famille. » Elle est âgée de 41 ans (Cab. des titres : Dossiers bleus 438 : 11788, f" 2).

2. Vers le 15 mai 1655, ^^ ''°i ^^ commandement à Bois-Robert a de sortir de Paris pour divers jurements qu'il avoit proférés du nom de Dieu après avoir perdu son argent à jouer contre les nièces de son Ivminence [le cardinal Mazarini]. On dit que le père Annat, jésuite et confesseur du roi, duquel il s'étoit moqué em le contrefaisant, a bien aidé à lui procurer cet exil » : le père Annat et « les dévots de la Cour * peignirent au roi Bois-Robert « comme un homme qui mangeoit de la viande le caresme, qui n'avoit point de religion, qui juroit horriblement quand il jouoit ; et cela est vray. a (Lettres de Gui Patin, p. p. Reveillé-Parise : II, 179. — Tallemant : II, 410).

La présente épître est donc postérieure au 15 mai 1655.

3. Le lieu est indiqué par les vers 75-79. Pour la date, voy. la note précédente et la note suivante.

4. Les vers 33 à 60 indiquent bien qu'il s'agit du premier mois de décembre qui suit le bannissement de Bois-Robert. Cette épître est donc écrite bien avant décembre 1655.

« Adieu, Paris, dont j'adorois les charmes ^ !

35 « C'est fait de moy, mes vœux sont superflus ;

« Adieu, Paris ! je ne vous verray plus ; « Si de mes 3XUX vous faisiez les délices, « De mon esprit vous ferez les supplices : « En quelque lieu que je porte mes pas,

40 « Je penseray toujours à vos appas,

« Et je n'auray jamais repos ny joye [i97]

« Dans mon esprit, que je ne vous revoye. « Je ne suis pas, comme Ovide, exilé « Pour avoir veu, mais pour avoir parlé ;

4S « J'en ay trop dit; mon chastiment est juste.

« Mais ANNE, enfin, est meilleure qu'Auguste : « Quoy qu'elle eust lieu d'estre plus en courroux, « Elle m'éloigne en des lieux bien plus doux ; « Je ne vy point au milieu des Sarmates,

50 ce J'habite icy des terres moins ingrates,

« On me relègue en un climat divin « Où l'air est doux, où le peuple est bénin, « Et dans ce coin le plus heureux de France « Je sens régner la paix & l'abondance.

55 « Mais, cher Paris, quand on est loin de vous

« Peut- on trouver un climat qui soit doux ? « Hors vous, Paris, tout Pais m'est barbare, « Et, si de vous il faut qu'on me sépare « Jusqu'en Décembre, indubitablement

^o « Ma mort suivra ce rude éloignement. »

Voila dequoy mon ame traversée Entretenoit jour & nuit sa pensée.

Lors que j'appris avec quelle vigueur De mon Destin vous braviez la rigueur.

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