A MADAME DE MANCINI
J'eus peur d'abord des rudes conjunctures
Qui se méloient parmy mes avantures ;
J'eus peur de voir que mes plus chauds amis
Ne pouvoient plus ce qu'ils m'avoient promis,
Que ma fortune avoit changé de face, [19^1
Et qu'une haine empiroit ma disgrâce.
Mais, bien m'en prit, j'appris en mesme temps
Que vous calmiez les esprits mal-contens
Et qu'appaisant leur forte & juste haine
Vous appaisiez le courroux de la Reine.
Sur cet advis je partis brusquement
Et vins tout droit dans mon appartement.
Enfin j'y suis par vos divins offices ;
De mon Palais je gouste les délices ;
Je voy Paris, mes vœux sont exaucez ;
Je vay, je viens ; mais ce n'est pas assez.
Toute la Cour me revoit avec joye ;
Mais la Cour veut que la Reyne me voye.
Et mes plaisirs demeurent imparfaits
Si je ne voy l'effet de leurs souhaits.
J'attens ma gloire & la fin de ma peine
Des yeux divins de cette Auguste Reyne,
Et j'auray fait des vœux bien superflus
Pour mon retour si je ne la voy plus ^
Si, sans dessein, j'excite sa colère.
Pour plaire ailleurs si je sceus luy déplaire,
Faites-luy voir que j'en suis trop puny
Si de son cœur je suis encor banny :
C'est de luy seul que je cherche ma grâce ;
I. C'est seulement dans deux ans et demi, le 18 février 1658, que Bois-Robert sera admis à voir la reine-mère et le roi (Loret : 11^ 447).
Si,de ce cœur mon crime ne s'efface, 95 Paris, qui fait mon désir & mon bien
Et qui m'est tout, ne me sera plus rien. J'ayme le Roy ; je l'ay bien fait parestre : [199J Tout Paris sçait que pour ce digne Maistre, Qu'on peut nommer la merveille des Roys,
100 J'ay bazardé ma vie assez de fois ;
Que pour la Reyne, en attaquant la fronde, J'ay couru risque aux yeux de tout le monde '. Comme ils sont donc les objets de mes vœux, Par pur amour je les cherche tous deux,
105 Et je doy mesme, afin de faire croire
Que j'y suis bien, les chercher pour ma gloire. Ils ne sont pas pourtant tout mon soucy : Logeant chez eux, je vous y cherche aussi. Puisque mon cœur jusques-là se découvre,
iio Ouy, c'est pour vous que je cherche le Louvre ;
Sans vous, je sens que je m'en puis passer; Je ne suis plus d'un âge à m'y presser. Et j'y renonce enfin, s'il est possible Qu'ailleurs pour moy vous vous rendiez visible ^.
1. Il attaqua la Fronde dans le sonnet Contre les Frondeurs, qu'il fera imprimer en 1659 parmi les Autres Œuvres poétiques qu'il publiera à la fin de son recueil d'Episfres.
2. Néanmoins Bois-Robert, à son retour d'exil, ne pourra « s'empcscher de dire que M"* de Manchini, qui avoit fait sa paix, ne l'avoit fait revenir que pour estre payée de quarante pistoUes qu'il luy devoit du jeu. » (Tallemant : II, 411).
A MONSEIGNEUR