Voy. T. I" : p. 218, n. i
A Mê"" LE DUC DE GRAMMONT. 243
40 L'heur d'un trésor dont nous estions si vains.
On me dira que la Terre Allemande [202]
Par préférence aujourd'huy te demande, Que seul tu peux soustenir un employ Qui te tient là peut-estre malgré toy,
45 Qu'en certains temps un bras né pour la gloire
Moins qu'une langue asseure une victoire, Que l'Eloquence a chez toy des appas Pour les traitez, que d'autres n'auroient pas, Et que ta foy qui jamais ne balance T'honore encor plus que ton Eloquence. ~ Toy, tu diras que, sans considérer Ce digne employ dont j'ose murmurer, Comme ignorant j'en parle à la volée S Ne voyant pas qu'Espagne en est troublée. Que l'on te souffre où jamais nul François N'osa parestre, & sous nos plus grands Rois, Et que le tien, au coup que tu bazardes. Va profiter des Vœux que tu retardes ; Que ton adresse à gagner des Esprits
60 Si discordans, toy-mesme t'a surpris,
Et que ta force à vaincre tant d'obstacles Se pourra mettre au nombre des miracles. Tu diras vray, j'en demeure d'accort :
L'Ange du Roy t'a conduit à Francfort ;
-) Il va par toy faire un coup nécessaire.
Qu'une autre main n'auroit jamais sceu faire ; Mais ce bon Ange, en servant à l'Estat, Sur nos plaisirs a fait un attentat ;
I. (( On dit aussi faire une chose à la volée, dire quelque chose à la volée, pour dire : légèrement, imprudemment, ou peu sérieusement. » (Fureticre 1690).
J'ayme l'honneur, quand le Ciel nous l'envoyé
70 Sans retrancher ce qui sert à la joye.
Si tu pouvois au moins, si loin de nous, Trouver le but où nous aspirons tous, J'excuserois ton absence cruelle ; Mais cette Paix si charmante & si belle,
75 Dont tu formas les généreux desseins,
Ne sera point l'ouvrage de tes mains : Quoy qu'abbatu, l'ennemy veut la guerre ; Et cette Paix, qu'attend toute la Terre, En nul endroit ne se doit terminer Puisque tes soins n'ont pu nous la donner. Que sert ta foy si sincère & si grande, Si mesme esprit n'est pas en Pignerande S S'il suit son ordre, & si de nos traitez Les instrumens sont si déconcertez?
T. D. Gaspar de Bracamonte y Guzman (1595 7-i6y6), comte de Penaranda, conseiller d'Etat espagnol, président du conseil des ordres, président du conseil des Indes, est ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne à la diète de Francfort. Il y est arrivé le
14 mars 1658 {Galettes : 1658, p. 267). Dès le 11 mai, la Galette, publiant des nouvelles de Francfort datées du 28 avril, disait (p. 412) : « On n'attend plus que l'Electeur Palatin, qui doit arriver Mercredy prochain ; et lors on commencera tout de bon à parler d'afFaire^. Mais^ cependant, le Comte de Pignéranda se trouve fort surpris de ce que le Collège Electoral, désormais assez persuadé des sincères intentions de la France pour la Paix Générale, lui a fait sçavoir qu'il eusl à déclarer la résolution du Roy son Maistre, se voyant ainsi obligé ou de déguiser les sentimens de Sa Majesté Catholique, ou de faire voir à tous les Princes de l'Europe que le Conseil d'Espagne n'a jamais eu d^inclination pour cette tranquillité universelle. » Dès l'ouverture de la diète, le plénipotentiaire espagnol emploie toute sorte d'artifices pour retarder les pourparlers de paix ; et le numéro de la Ga:{eite paru le
15 juin (c'est-à-dire vers le temps où Bois-Robert écrit la présente épître) raconte tout au long les menés du comte de Penaranda (p. 528).
Vers la fin de l'année, en octobre, à l'issue de la diète, il sera nommé vice-roi de Naples (Colleccion de document os inéditos para la historia de Espaça : LXXXIV, 565).