‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 183 sur 236 · A MONSIEUR DE LYONNE. 27I · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LYONNE. 27I

De cette Mer tantost flatteuse, [229J

Tantost rude, & toujours douteuse ; 55 J*ay discerné tout à loisir

Q.uelle est sa peine & son plaisir,

Et j'ay reconnu que la peine

Estoit toujours la plus certaine :

On y coule de doux momens, 60 Mais qui, sujets aux changemens,

Laissent, à qui se les propose,

Le repentir pour toute chose.

Je me suis veu prisé, chery ;

J'ay passé pour le favory 65 Du plus grand Homme de la Terre ;

Mais on m'a cassé comme un verre

Dés que j'ay perdu son appuy ;

Et tel, qu'on adore aujourd'huy,

Sera demain par avanture 70 En aussi mauvaise posture.

Je me console en ce seul point

Que la Vertu n'y change point.

Et j'ay reconnu par épreuve

Que qui fait un bien le retreuve.

75 Tu m'as veu servir autrefois

Ceux qu'on voit dans les grands emplois ;

Comme j'avois le cœur du Maistre,

Les plus grands me vouloient ftonnestre ;

Tu sçais bien pour qui j'ay passé :

'^^ La voix publique a confessé

Que j'estois grand faiseur d'Office, [230]

Et croy qu'elle m'a fait justice '.

Tu me rends ce que j*ay preste,

Page 1