‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 189 sur 236 · M A R AN D É · texte numérisé non relu

M A R AN D É

Il se plaint à luy des vaines promesses de Monsieur Servien.

[écrite peu de temps après le 25 avril 1658] 2

Mon cher xMARANDÉ, c'en est fait :

Je suis rebuté tout à fait.

Fai-moy rendre mes Ordonnances ; Si je ne fonde mes finances Que sur le sein de Servien, Asseurément je ne tiens rien.

Tu vois qu'il me tient en haleine Depuis mainte & mainte semaine, Qu'il s'est vingt fois déterminé, Et qu'enfin il n'a rien signé.

II m*aime, il me fait bon visa^ ; Mais je demande davantage.

Il n'a plus le ton négatif ; [236]

I. Charles Marandé (a) (?-i679), seigneur de Berlière, maître d'hôtel du roi depuis 1628, fut chargé par Mazarin de plusieurs négociations secrètes; ce fut lui qui, en mai 1650, alla prendre à Pcronne

(a) Et non pas de Marandé.

Mais, quand on n'est point effectif, 15 J'aime mieux un ton qui refuse

Qu'un doux langage qui m'abuse.

(Quarante ans de Cour m'ont appris

A n'estre plus duppe à ce pris :

Un Sur-Intendant qui caresse 20 Ne fait rien s'il ne fait largesse ;

Sans argent il n'est point amy

Ou ne l'est certes qu'à demy ;

Rien ne luy sert d'estre accostable,

D'estre civil, de tenir table, 35 S'il manque à fournir le contant,

Car c'est là le point important.

Ton Maistre est charmant, je l'avoue,

Il sert l'Estat, JULE s'en loue,

Son grand esprit est admiré, 30 Je le voy par tout révéré,

Il a cent qualitez divines ;

Mais cette Rose a ses épines :

Je m'y suis le dernier picqué.

Et j'ay veu qu'on s'en est moqué.

33 Je sçay qu'enfin la vieille Romme

Ne vid jamais un plus grand Homme ;

Mais il manque en un fort grand point : [237]

C'est qu'il promet & ne tient point.

le comte de Penaranda et l'accompagna jusqu'à Irun. « Pendant huit années il a fait la première Commission des Finances avec une entière intégrité ». Il est conseiller d'Etat depuis le 2 novembre 1652 (Tessereau : I, 626. — Cab. des litres : Pièces orig. 1833 : 42392, f» 5).

Son frère, Léonard Marandé, greffier à la cour des aides (Tessereau : I, 626) et aumônier du roi, a publié deux ouvrages philosophiquôs : en 1624 le Jugement des Actions humaines, dédié au cardinal de Richelieu, et en 1642 V Abrégé curieux et familier de toute la Philosophie...

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