A MONSIEUR DE MARANDE
J'ay tort toutefois de me plaindre, 40 Moy qui me suis voulu restreindre,
Parlant d'argent & d'amitié,
A la plus parfaite moitié ' ;
Il me l'a sans peine accordée
Si tost que je l'ay demandée :
45 II m'a fait voir son cœur à nu ;
C'est un trésor que j'ay connu;
Il vaut mieux que l'argent qu'il offre
Et qui ne sort jamais du coffre.
Enfin je m'estois borné-la so L'heureux jour qu'il me rappella,
Qu'en ce cœur je repris ma place,
Et qu'il me remit en sa grâce.
Tu sçais qu'il m'en vouloit à tort,
Par un pur caprice du sort, SS Et, tant qu'a duré ce caprice,
Mon nom m'a fait mauvais office.
Ce nom estoit couché par tout ;
Mais, persécuté jusqu'au bout
Dans mes prétentions frivoles, 60 II le raya de tous les roUes,
Et m'osta jusques aux deniers
Où sont bornez les Aumosniers.
Il me le confessa luy-mesme
Le jour qu'il me dit : « Je vo\^ ayme » 65 En m'embrassant ; « Je vous promets, [238]
« Dit-il, si vostre nom jamais « Se rencontre en quelque ordonnance, « Que je signe sans répugnance. »
Ce propos-là fut avancé,