BOISROBERT
[écrite entre le 15 septembre 1661 et le 5 avril 1662]'-^
Cher Boisroheri, je plains ton infortune ; Elle nous est avec îoy sy commune Que y tellement emportant nostre bien.
Nous réduira peut-estre à n avoir rien.
5 Je plains encor cette inutille peine
Que ton malheur a fait prendre à ta veine : Outre ton bien, je Caprensque tu pers Une requeste, une plainte, et des vers. Colberi est froid. Tes muses caressantes
ïo Luy paroistront foibles et languissantes,
Bien qu'en effet ton placet gracieux Soit composé d'un art ingénieux.
Depuis la fin de la surintendance 3, // veille fort au soin de la finance ;
1 5 Et sur ce point faut-il faire plaisir.
Il nen a pas le temps ny le désir.
Veux-tu chei luy passer pour gallant homme ?
1. Cette cpitre est anonyme. Je la publie d'après la seule copie manuscrite actuellement connue : celle qui se trouve dans le manuscrit n<» 452 de la bibliothèque de la Rochelle {{° 151 \°).
2. La seconde date est celle de la mort de Bois-Robert. Pour la première, voy. la note suivante.
j. C'est le I) septembre 1661 que Louis XIV supprima la charge de surintendant des finances et établit en sa place un conseil royal des finances (Isambcrt : XVIII, 9). La présente épître est donc postérieure à cette date.
294 RFSPONCE
En luy parlant contrefaits V économe.
Demande lui quelque plausible employ 20 Pour augmenter les revenus du Roy ;
Car luy parler de muse et de musettes,
Autant vaudroit luy conter des sornettes ;
Autrement, loin de te donner un sou.
Il te feroit passer pour un vieux fou ^ 2$ Roy d'une muse en lumière féconde,
Pers tu l'esprit de connoistre le monde ?
As tu hlanchy parmy les changemens
Pour te mesprendre en tes discernemens F Ton Richelieu, dont Vame fut si grande, 50 De ses amis prevenoit la demande
Quand il savoit ce qu'on voulloit de luy.
Mais on en use autrement aujourdlmy.
Depuis sa mort, un changement de scène
Aux gens sçavans erigeoit un mœcene ^ ; 35 // commançoit, mais son cruel destin
N'a pas voulu Vayder jusqu'à la fin ;
Et, dés le jour que sa cheute célèbre
Va relancé dans un séjour funèbre ^,
Bien qu'il y soit par un juste revers, 40 On faict moins cas de la prose et des vers.
Ne vois tu pas qu'icy les plus habiles
Sont regarde^ comme gens inutiles.
Et que se mettre entre les beaux espris
C'est se commettre au danger du mespris F
^6 : Je vie permets de rctahlir ainsi ce vers, à la place duquel le manuscrit porte simplement : L'ayder jusques à la fin.
1. Nicolas FoucQUET (voy. p. 9, n. 2), alors surintendant des finances.