VIL LE ROY
Il luy parle de la maladie du Roy quand il eut la petite vérole \
[écrite à Paris, en décembre 1647] '^
Digne Gouverneur de mon Roy, Vaillant & sage VILLEROY, Qui de ta bonté généreuse As rendu ma Muse amoureuse, Qui m'as toujours veu de bon œil, Et qui, par ton charmant accueil Joint à ta vertu que j'adore.
Me vas forcer d'aimer encore Presque autant qu'au règne passé La Cour où j'avois renoncé, ^ Souffre que, triste dans ma chambre Plus que n'est ce mois de Décembre, D'une acre bille 4 empoisonné [26]
Et d'un grand Rùme enchifrené.
I. Nicolas V DE Neufvii.le (1598-1683), marquis de Villeroy, est gouverneur du jeune roi Louis XIV depuis le 9 mars 1646 (Gii:{ettts : 1646, p. 168), et maréchal de France depuis le 22 octobre de la même
ij Ne pouvant t'aller rendre hommage
Sans un tres-notable dommage, Je te rende en ces petits vers Conte de mes ennuis divers.
Souffre qu'ils portent mon excuse,
'o Et que ces enfans de ma Muse,
Mis par quelque Amy devant toy, Fassent ma Cour au lieu de moy.
Je crains pourtant qu'en mon absence Ils ne prennent trop de licence
25 S'ils sont introduits en ces lieux,
Car ils sont un peu curieux.
Et puis je sors de la Province, Où, pour le salut de mon Prince Dont on parle incertainement,
3 J'ay fait des vœux incessament.
Souffre qu'icy je te confesse duelle est ma crainte & ma tendresse.
VILLEROY, je suis bon François, Et, pour ce miracle des Roys
5) Que Nature a fait trop aimable,
Je sens un zèle inexprimable ; Ses frissons m'ont si bien troublé
année (Id., p. 992). Il est âgé de 49 ans. Dans quelques années (septembre 16$ i), il deviendra duc et pair (Anselme : IV, 642).
Son fils, François de Neufville, qui sera duc de Villeroy et deviendra gouverneur de Louis XV, est âgé de 17 ans.
Une de ses filles, Françoise, qui a 22 ans, s'est remariée l'année précédente avec le duc de Chaulnes (voy. p. 47, n. 2).
Par sa femme, il est beau-frère de François de Créquy, duc de Lesdiguières (Cab. des titres : Piéc. orig. 2102 : f" 273).
2. Le roi fut malade du 11 au 29 novembre 1647 (Galettes : 1647, p. 1137).
3. La date, donnée approximativement par le titre de l'épître (vo}'. la note précédente), est précisée par le doui'.ième vers.