A US' LE MARÉCHAL DE VILLEROY
Que plus que luy j'en ay tremblé ;
Et cette horrible maladie 40 Que j'appris dans la Normandie,
Où pour luy j'ay tant fait de vœux, [27]
Me fait hérisser les cheveux.
Permets donc. Mortel adorable
Dont l'amitié m'est favorable, 45 Qu'à plein fonds j'ose m'enquerir
De ce mal qui me fait mourir.
Quoy ! ce Roy, par qui tant d'Oracles
Nous ont promis tant de Miracles,
Ou plustost cet Ange incarné, ,0 De Dieu par miracle donné,
Cet Astre, dont l'ample carrière
Devoit fournir tant de lumière,
En naissant seroit menacé
D'estre pour jamais éclypsé ?
S', Non, non, fuyez, peurs chymeriques.
Dans les esprits mélancoliques !
Icy nous craignons vainement :
Le Ciel en dispose autrement.
Pour luy je voy les Destinées 00 Filer d'éternelles années.
Ne doutons plus d'une santé
Qui met la France en seureté^
Rassurons nos Lys par sa vie
Qui ne peut nous estre ravie ; ) Ne craignons plus que pour les Lys
Que nous voyons ensevelis
Sous cette horrible pourriture
Pour la honte de la Nature :
S'ils perdent la vivacité [28]
/<J De leur naturelle beauté.
S'ils n'ont plus leur grâce première Ny ce vif éclat de lumière Par qui ce Monarque charmant Regnoit par tout si puissamment %
"5 Bref si sa beauté sans seconde
N'est plus la première du monde, Il sera, malgré ce revers, Le premier Roy de l'Univers.
Mais quoy ! seroit-il bien possible
^° Qu'au) ourd'huy cet Ange visible.
Que Nature pour nous charmer Prit tant de plaisir à former, Perdist cette forme qu'elle aime Et qui l'embellit elle-mesme?
Se pourroit-on imaginer Qu'elle voulust se ruiner ?
He quoy ! ce visage adorable, Qui seul en ce Prince admirable Marque la Souveraineté,
90 La puissance & la Majesté,
Perdroit l'éclat qui l'environne.
Plus brillant que n'est sa Couronne?
VILLEROY, je ne le croy pas :
Dieu, qui de ses charmans appas
95 Fit un Chef-d'œuvre sur la terre,
N'a lasché ce coup de Tonnerre Que pour enseigner aux Mortels [29J
Qui relèvent jusqu'aux Autels Que les Rois ne sont que poussière
"^ Devant l'éclat de sa lumière,