A M"'' LE MARÉCHAL DE VILLEROY
Q,ue c'est luy qu on doit adorer,
Et qu'il ne faut pas mesurer
Avec ses beautez éternelles
Des beautez foibles & mortelles.
Sans doute il a veu du mépris
Dans nos idolâtres esprits ;
Il a senty quelque pensée
Dont sa gloire estoit offensée,
Et l'a vengée en effaçant
L'éclat de ce Prince innocent.
Sus donc ! lavons avec nos larmes
Le venin qui couvre ses charmes,
Et nous les verrons désormais
Briller, aussi beaux que jamais.
En priant, faisons disparestre
Ce que nostre orgueil a fait naistre.
Et cherchons par humilité
A fléchir le Ciel irrité.
Imitons nostre Reyne Auguste %
Dont Tame est si droite & si juste :
Elle n'a jamais murmuré.
Mais en priant elle a pleuré ;
Elle void bien qu'une Couronne
Dépend de celuy qui la donne ;
Elle sçait bien que sa splendeur, [30]
due sa puissance & sa grandeur,
Devant Dieu qui la peut défaire
N'est qu'une ombre & qu'une chimère.
C'est par ses vœux & par sa foy
I. La reine régente, Anne d'Autriche, mère du roi. Elle va avoir 47 ans.
130 Que Dieu nous a sauvé le Roy ;
Et sa beauté sera sauvée Apres sa prière achevée ^
I. Sur cette maladie du roi, voyez aussi, dans les Autres Œuvres de Bois-Robert qui, dans le volume de 1659, font suite aux Epistres : Sur la maladie du Roy. Sonnet (p. 269) et Vers mis en musique. Sur la guerison du Roy (p. 271).
A MONSIEUR