‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 59 sur 236 · A M' LAGER · texte numérisé non relu

A M' LAGER

Secrétaire des Commandemens

DE LA ReYNE de SuEDE ^

Il s'estonne de ce qu'il le convie, par ses Lettres, de venir à Stokolm, où il dit qu'il est désiré par la Reyne, sa Maistresse.

[écrite en 1652] 2

LAGER, qu'est-ce que tu veux dire, Que dans Stokolm on me désire ?

L'Auguste Reyne que tu sers Prend, dis-tu, plaisir à mes vers.

Et soustiens de plus qu'elle estime L'Autheur, séparé de la rime.

Tu m'en dis trop de la moitié, Amy prodigue d'amitié.

Parce qu'un jour, en ta présente. Je dy, d'un ton de complaisance.

Devant Daphnè 5 qui m'écoutoit, [51]

Que j'aymois ce qui me flattoit

I. Hercule Lacger(«) (16. .-1670), seigneur de Massuguiés, né à Castres, « a de l'esprit et fait des vers, mais médiocres. D'ailleurs

(a) Et non pas de Lacgcr (voy. Cab. dos titres: Pièces orig. 1615 : 37515, f" 2 et suiv.).

Et que les choses agréables

Me plaisoient mesmes dans les Fables,

15 Tu m'as fait celle-cy, pour voir

Si je m'y lairray décevoir.

Mais, quoy que je sois fort sensible, Tu fais un projet impossible.

Si tu m'avois dit simplement

20 Que mes Vers ont quelque agrément,

Et que ma Muse, simple & nue, Ne laisse pas d'estre connue Jusqu'aux extremitez du Nort 4, J'aurois pu croire à ton rapport ;

25 S'il s'estendoit jusqu'à ma prose.

J'en croirois encor quelque chose :

Je sens bien ma naïfveté ; Elle a sa grâce & sa beauté ; Comme les choses naturelles

30 Sont d'ordinaire les plus belles.

Mon caractère aura son prix Toujours parmy les beaux esprits.

Mais que cette Reyne divine.

c'est un gros tout rond, et qui n'est nullement honneste homme. » (Tallemant : IV, 235). C'est un ami intime de la comtesse de la Suze (voy. p. 252, n. i). « Cette folle s'esprit de Lacger, et le luy dit. Elle luy a escrit un million de lettres et de vers les plus passionnez qu'on puisse voir. » (Ici. : IV, 233). Il est (sans doute depuis la fin de 165 1) à Stockholm, en qualité de secrétaire des commandements de Christine, reine de Suède. Il rentrera à Paris en janvier 1653. Il sera (T assez impertinent » pour dire à la comtesse de la Suze « qu'il avoit esté cruel à la reyne de Suéde pour luy estre fidèle. » {Id. : IV, 239). Il deviendra conseiller à Castres et membre de l'académie de cette ville, où il mourra.

2. Cette année résulte de ce qui vient d'être dit, dans la note précédente, sur l'époque du séjour de Lacger à Stockholm.

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