‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 68 sur 236 · REQUESTE · texte numérisé non relu

REQUESTE

Q.u'on debutte par celui-cy :

On n'entendra plus, dans la Ville,

Noms des GeORGE D'AmBOISE % ESTOUTTEVILLE *

5. Cloches. Et Riga UT i qui nous étourdit. Que tout V Office ne soit dit.

Puisque leur Son fasche & réveille Cette incomparable Merveille.

75 Car, Messieurs, vous ne doutez pas,

Si vous méprisiez tant d'appas, Qu'un jour les Parrains de ces Cloches Ne vous en fissent des reproches.

Ce mal, si vous ne le chassez,

80 Va plus loin que vous ne pensez :

BEUVRON 4, cetfe autre Pasitée De qui la Cour est enchantée, Cet Astre, dont les yeux vainqueurs Sont absolus sur tous les cœurs.

1. Une des cloches de Ui tour méridionale, dite tour de beurre. « La cloche nommée Georges d'Ainboise, pesant trente six mil livres (a), fut faite l'an 1501 le 2® jour d'Aoust : on la monta en cette Tour le 9® jour d'Octobre ensuivant, & le 16 Février 1502 elle fut sonnée en branle par saize hommes ; & est à remarquer que son ton est h fa b mi b mol, cinq tons au dessous de la clef de / ut fa [c'est-à-dire le si bémol au dessous de la portée, en clef de fa]...; elle a trente pieds de tour par bas, dix pieds de diamètre, & dix pieds de hauteur à ce compris les anses. » ([Farin,] Histoire de la ville de Rouen : II, 6-8). Elle porte ce nom parce qu'elle fut donnée par le cardinal Georges d'Amboise^ archevêque de Rouen (Expilly : VI, 408).

2. Marie d'Etouteville est une des onze cloches de la tour septentrionale, dite tour saint Romain. « Marie d'Etouteville, sur laquelle est écrit : L'an 14J7, Révérend Père en Dieu, Guillaume d'Etouteville, Evesque, Cardinal, Docteur, & Archevesque de cette Ville, me fit faire, a ([Farin,] Histoire de la ville de Rouen : II, 3).

3. Rigaud est une des onze cloches de la tour saint Romain. Elle fut donnée par Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, mais « ne fut faite qu'après sa mort, à sçavoir l'an 1282. » (W. : II, 4).

4. Catherine-Henriette de Harcourt : voy. T. I", p. 234, n. 2.

(rt) Environ 17600 kilogrammes.

Cette autre Beauté souveraine

Qu'Amour reconnoist pour sa Reyne,

Q.ui par ses rares qualitez

Brille autant que par ses beautez,

Cette autre adorable Merveille

Qiii dans la Cour est sans pareille,

Et qui Test bien encore icy

Lors qu'elle y paroist sans TOUSSY,

Va tirer profit de l'outrage

due vous faites à son visage ;

Car ce grand bruit dont on se plaint [63]

Semble en vouloir à son beau teint.

Voyez, Messieurs, ce que vous faites :

Jusqu'icy, ces Beautez parfaites,

Qui nous charment également.

Ont suspendu le jugement

Des Gentils-hommes & des Princes

Dans la Cour & dans les Provinces ;

Qui les voudra bien regarder

Ne pourra jamais décider

Qui de ces deux sur l'autre excelle.

Qui de ces deux est la plus belle ;

Non, Messieurs, les plus complaisans

Qui soient entre leurs Partisans

N'ont osé prendre la licence

De prononcer cette Sentence ;

Et vous voulez déterminer

Ce qu'on a peine à deviner ?

Et vous voulez que le Chapitre

Injustement en soit l'Arbitre ?

Car, si ces Cloches, dont le bruit

Afflige TOUSSY jour & nuit.

Troublent son repos davantage.

94 REdUESTE

Adieu l'éclat de son visage ; Comme son teint en pâlira,

I20 Son embonpoint diminuera ;

Cependant celte autre Merveille, Qui bien loin des Cloches sommeille, BEUVRON, qui dort en seureté [64]

Dedans son Palais enchanté %

125 Se lèvera sans amertume

Aussi belle que de coustume ; Et lors je crains avec raison, Si Ton fait la comparaison. Que le plus sain des deux visages

130 N'ait de visibles avantages.

Puisque c'est le vouloir des Cieux Que ces deux Astres précieux.

Dont le Sort a mis l'excellence Dans une si juste balance,

135 Demeurent dans l'égalité

De leur grâce & de leur beauté, Gardez les Loix qu'ils ont prescrites, Respectez ces belles Carites, Et, pour trois jours, faites cesser

140 Tout ce qui les peut offenser ;

Car dans trois jours toutes les Grâces Nous quittent pour suivre leurs traces ;

I. « Le Vieux-Palais n'est autre chose qu'un château à l'antique, de presque aucune défense, flanqué de six grosses tours rondes, avec un pont-levis & des fossés que la Seine remplit de ses eaux. C'est un gouvernement particulier, réuni à celui de Rouen. » (Expilly : VI, 404). Le père de M"' de Beuvron, François de HARCoauT, marquis de Beuvron, en est gouverneur depuis le i*' mars 164s ([Farin,] Histoire delà ville de Rouen : II, 121).

Le vieux palais est situé au bord de la Seine, juste au sud de la rue delà pie, c'est-à-dire loin delà cathédrale et de ses cloches (voy. Plan de Gomboust).

Nous allons perdre en mesme jour Ces deux grands Miracles d'Amour.

Dés que vous les verrez parties, Faites honneur à leurs sorties :

Confondez tous vos carillons Avecque le bruit des Canons ; Alors vos Cloches pourront plaire ; Mais jusques-là faites-les taire ^

I. Cette épître ne tardera pas à lui attirer des ennuis de la part des chanoines. Voici ce que je lis, à la date du 2 octobre 1646, dans le Plumitif du chapitre, 1644 à 1648 : « Sur la remonstrance, faicte par Monsieur le promoteur, qu'il couroit certain escrit par la ville contre l'honneur de cette esglise, addressé au chapitre, duquel plusieurs personnes estoient scandalisez, et lequel mesme contenoit quelques impuretez & impietez et que l'on disoit avoir esté faict par un de la compagnie, dont quelques uns de Messieurs avoient des copies et qu'il en avoii veu une entre les mains de M" Le Roux Vely, requérant qu'il eust à la mettre sur le bureau et déclarer celuy qui la luy avoit baillée, ledict s" Le Roux, présent en chapitre, a déclaré que véritablement il avoit veu, eu et leu ledict escrit, l'ayant receu de Monsieur le chantre, mais qu'il ne l'avoit plus pour le présent, l'ayant baillé à Monsieur le hault doyen, qui avoit eu la curiosité de le veoir; et à l'instant ledict s' hault doyen, aussy présent en chapitre, l'ayant représenté, a esté requis par ledict s' promoteur qu'information fut faicte de l'autheur dudit escrit. Surquoy Monsieur Le Metel Boisrobert a déclaré qu'il l'avoit composé par pure fantaisie, mais qu'il n'y avoit rien d'impie ny d'impur, ny aulcune chose qui peust offenser le chapitre ; mais que, si ledict s' promoteur & le chapitre se vouloient rendre ridicules,

3u'ils n'avoient qu'à délibérer sur ledict escrit, demandant réparation es parolles advancees par ledict sieur promoteur. Ledict s' Le Metel sorty dudict chapitre, lecture faicte dudict escrit commençant par ces mots : A Messieurs les doyen, chanoines & chapitfe de l'église de Rouan. Aprenei, Messieurs mes confrères Dont les loys rudes & sévères De mes petits droicls m'ont exclus, Qu'au viereau je ne songe plus &c., oy les conclusions dudict sieur promoteur & sur le tout délibéré, il a esté dict que ledict sieur Metel Boisrobert seroit repris & blasmé en plain chapitre par Monsieur le hault doyen d'avoir faict un tel escrit scandaleux, contraire à l'honneur de l'église & du chapitre, et indigne de la profession d'un ecclésiastique ; que ledict escrit seroit supprimé et lacéré en sa présence. DefFenses audict s' Le Metel de composer à l'advenir telz escritz, sur les peines au cas appartenant, et à luy enjoinct d'appliquer son stille à de meilleurs sujets, ce qui a esté à l'instant prononcé et exécuté par mondict sieur le hault doyen en la présence dudict sieur Le Metel, appelle en chapitre à cet effet. »

A MADEMOISELLE

Page 1