‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 71 sur 236 · C'est-à-dire l'épître précédente · texte numérisé non relu

C'est-à-dire l'épître précédente

3. C'est-à-dire peu de temps après la séance du chapitre dont il est question dans la note i de la page 95.

Que vous voulez voir mon Epistre :

Vous la demandez seulement [67]

40 Pour y blasmer mon jugement.

L'Eloge de ces deux Merveilles,

Que je traite de Nompareilles,

Picquera vostre esprit jaloux ;

Vous murmurerez contre nous ; 45 Je pense vous entendre dire,

Me voyant étendre l'Empire

Et de Beuvron & de Toussy :

« Pourquoy n'y suis-je pas aussi ?

« Pourquoy ma Beauté publiée $0 « Est-elle en ces Vers oubliée ? »

Mais le lieu ne permettoit pas

Qu'on y parlast de vos appas :

Cette entreprise assez hardie

Se forma dans la Normandie, 5$ Où lors ces deux Divinitez

Faisoient admirer leurs Beautez.

Dés que ces Merveilles connues

Dans Paris seront revenues.

Je sçauray fort bien faire voir 60 Jusqu'où s'estend vostre pouvoir ;

Car vous marchez droit sur leurs traces

Comme la troisième des Grâces,

Et l'œil a peine à faire choix

De la plus aymable des trois.

A MONSEIGNEUR

LE PRINCE

DE CONTY

Il le remercie du Prieuré "■ ; mais il se plaint de ce qu'à la prise de possession on a voulu mal-traiter ses gens.

[écrite en 1651, après le 13 février] 3

Enfin, Grand Prince, ilestoit arresté Par un Décret de la fatalité Que ce Nozé, dont j'ay tant fait d'instance, Apres dix ans revint en ma puissance.

C'est malgré vous que vous l'avez gardé ; On l'a bien veu par vostre procédé :

Vostre bonté constante & généreuse, Et de justice & d'honneur amoureuse, A fait enfin la restitution • [69]

Qu'elle devoit à ma prétention, Et pour la faire a vaincu tant d'obstacles Qu'on la peut mettre au nombre des Miracles.

1. Sur le prince de Conty, voy. p. 40, n. i. Il est maintenant âgé de 21 ans, et vient d'être emprisonné pendant plus d'une année, ainsi que le prince de Condé et le duc de Longueville, sur l'ordre de Mazarin.

2. Le prieuré de Nozay, qu'il avait réclamé en 1648 ou 1649 ^"

Mes vœux, grand Prince, enfin sont exaucez J'ay seing & sceau; mais ce n'est pas assez.

I) Si de vos mains sortoit cette Patente,

Certainement j'aurois l'ame contente ; Elle a passé seulement par vos mains, Voila le mal ; c'est dequoy je me plains. Car vos Bretons ignorent ce mystère ;

^° Ce sont gens prompts à se mettre en colère ;

M. le Car- Us ont trouvé mon Valet bien hardy,

dmalGri- , . . , r- • u-

maldi, com- i>i-ir un ecrit signe par Grimaldi 4,

"s^ Fi^^^ ^^ ^^ ^°^^ vouloir déposséder d'un titre

& Colla- Qui m'a cousté déjà* plus d'une Epistre. ^''-ohdonnV ^^s ont encore, avec grande fureur,

les provi- Qié Haro dessus mon Procureur,

Si que, tous deux en un coin de la Ville

prince de Conty dans la quatrième cpitre du premier livre (voy. p. 40).

3. Voy. p, 102, n. 3. D'autre part ce n'est que le 13 février 1651 que Mazarin, partant en exil volontaire, a fait sortir de prison le prince de Conty et les deux autres princes.

4. Geronimo Grimaldi (1597-168)), né à Gênes de famille noble, fut successivement gouverneur de Rome (1628), nonce en Autriche (1632) et nonce en France (1641), Pendant cette dernière nonciature il fut promu cardinal (1643). ^e retour en Italie, il secourut les Barberini, neveux du feu pape Urbain VIII, persécutés par le nouveau pape Innocent X et les fit fuir de Rome caus son carrosse. A la mort de Michèle Mazarini, archevêque d'Aix, Louis XIV l'a nommé à cet archevêché malgré le pape Innocent X ; mais ce n'est qu'en 1655 que le pape Alexandre VII reconnaîtra cette nomination (Moreri). Le cardinal Grimaldi, âgé de 54 ans, est abbé de Saint-Florent depuis le 29 mars 1649 (Arch. dép. de Maine-et-Loire : H. 1941) (a); en cette qualité, il est « patron » et colîateur du prieuré saint Saturnin de Nozay (Pouillié gênerai... de V archeveschè de Tours : Bénéfices de l'Evesché de Nantes : p. 12).

(fl) Et non pas 1653 comme le dit la Gallia christiana. C'est à M. Sache, archiviste départemental de Maine-et-Loire, que je dois ce précieux renseignement, sans lequel les données contenues dans cette épitre auraient semblé contradictoires entre elles.

A M^' LE PRINCE DE CONTY. lOl

S'estans cachez, de nuit ils ont fait Gille ^ ;

S'ils eussent là plus long-temps demeuré,

On auroit fait leur tombe au Prieuré ;

Encor ne sçay-je en leur mal-avanture

S'ils eussent là trouvé leur sépulture,

Car on lisoit dans leur intention,

Qui ne visoit qu'à la possession,

Et, qucy que morts, entrans dedans l'Eglise,

On auroit dit qu'enfin ils l'auroient prise.

Quand ils n'auroient esté que bien battus, [70J

J'aurois payé les coups qu'ils auroient eus ;

Procès verbaux seroient nez du grabuge,

Et les Barbiers, les Sergens, & le Juge

M'auroient mangé deux ans du revenu

D'un Prieuré si court & si menu.

Ils n'en ont eu, grâce à Dieu, que l'envie ;

Mais mon Valet jure que, de sa vie.

Il ne remet le pié dans ce chemin

S'il n'a de vous un autre Parchemin.

Mon Procureur, mieux instruit de l'affaire,

Est du Païs, & Cousin du Notaire,

Dont bien leur prit, car sans cet appuy-là

On eust eu peine à faire le hola.

Il m'écrit donc que feu Monsieur le Prince ^,

Grand Terrien dedans cette Province,

1. « GILLES, s. m. C'est un nom propre d'homme qui est venu en usage dans cette phrase proverbiale : Faire Gilles, pour dire : S'enfuir. Il a fait Gilles pour trois mois, pour dire : Il a fait banqueroute. Ce proverbe vient de ce que St. Gilles, Prince de Languedoc, s'enfuit secrettement de peur d'estre fait Roy. Quelques-uns croyent qu'il vient par corruption de faire l'agile, ce qui arrive quand on s'enfuit promptement. » (Furetière 1690).

2, Henri II de Bourbon (1588-1646), prince de Condé, père du prince de Conty.

Vous conféra luy-mesme, en trente-huit %

Ce Prieuré dont j'ay tant fait de bruit ;

Tout le narré qu'il me fait sur ce titre

Est contenu dans ma première Epistre.

Enfin, Grand Prince, il dit que j'ay raison,

Mais que ce tiltre est dans vostre Maison ;

Que ces gens-là vous ayment mieux pour Maistre

5g Que Bois-Robert, qui n'est qu'un pauvre Prestre :

Que sans vostre ordre on ne peut séparer Ce petit bien dont je veux m'asseurer, Parce qu'il est compris dans la recepte ; Que, s'il vous plaist, c'est une affaire faite,

55 Mais qu'on feroit cent poursuites en vain [71

Sans un écrit signé de vostre main.

Ordonnez donc que Sarrazin 2 le fasse, En attendant une seconde grâce, Car, Prince Illustre, on m'a fort asseuré

70 Qu'on me cherchoit un autre Prieuré

Pour égaler dix ans de jouissance 3 Dans l'équité d'une juste Balance.

1. Parce que Bois-Robert avait oublié de lui en rendre hommage (voy. Livre I", Ép. iv : v, 86-88). Mais Bois-Robert en jouit encore jusqu'en 1641 (voy. Id. : v. 15-37 et notes correspondantes).

2. Le poète Jean-François Sarasin (1614-1654) est secrétaire du prince de Conty depuis novembre 1648 (Mennung : II, i). Il est âgé de 37 ans.

3. Cf. le V. 4. Puisque Bois-Robert a cessé de jouir des revenus de son prieuré en janvier 1641 Tvoy. ci-dessus Livre 1", Ep. iv : v. 37-47 et les trois notes qui s'y rapportent), la présente épître est écrite en 165 1.

A MONSIEUR

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