Voy. T. I" : p. 218, n
A MONSEIGNEUR
LE
CHANCELIER
Il se réjouit avec luy & avec la France de ce qu'on luy rend les Sceaux *, qui le vont faire enfin Conseiller d'Estat \
[écrite quelques jours après le 12 avril 165 1] *
Enfin le Ciel exauce ma Requeste.
Divin SEGUIER, je revoy sur ta teste Tes vieux honneurs en tous lieux si connus, Et, grâce à Dieu, tes Sceaux sont revenus. J'avois bien dit qu'il estoit impossible Que ta Vertu demeurast invisible Et que, pendant le bas âge du Roy, Son pauvre Estât se pust passer de t»y. Qu'il a, bons Dieux, souffert en ton absence ! N'est-il pas vray que, pendant la licence Et le desordre & les maux intestins [81]
1. Pierre Séguier (voy. p. 28, n. i), chancelier de France et garde des Sceaux. Il est âgé de 6j ans.
2. Pendant la Fronde, le i*' mars 1650, les sceaux furent enlevés à Séguier, qui reçut l'ordre de se retirera Rosny; mais ses appointe-
Dont l'affligeoient ses rigoureux destins, Tu vivois seul exempt d'inquiétude, Te possédant dedans ta solitude,
ï$ Où, sans ton zèle & ta compassion,
Tu n'aurois point senty d'émotion?
Pour moy, SEGUIER, qui sens ce qui me picque, Q.ui comme toy n'ay pas l'ame héroïque, duand j'aurois veu tout Paris désolé,
-2o Je m'en serois aisément consolé.
duand on s'est mis à couvert du nuage, Avec plaisir on void passer l'orage, Et l'on sent mesme avec tranquilité Souffler les vents qui l'avoient excité.
25 Toy, vray Héros, tu sentois la tcmpeste,
Quoy que l'éclat passast loin de ta teste ; Aymant l'Estat, que tu vis accablé De tant de maux, ton cœur en fut troublé ; Tu voyois bien qu'il estoit impossible
30 Qu'il fust sans toy tranquile ny paisible.
Et nous sentions mille obstacles secrets
ments lui furent conservés. « La Reine Mère et le Cardinal Mazarin luy firent dire qu'on estoit satisfait de ses services, mais que la nécessité du temps ne permettoit pas qu'il demeurast davantage dans cette Charge. » Le lendemain, le marquis de Châteauneuf fut nommé garde des sceaux (Tessereau, Histoire chron... : \, 465).
Un an plus tard, les sceaux furent retirés à ce dernier (3 avril 165 1) et donnés à Mole (4 avril). Mais, quelques jours après, le 13 avril, celui-ci les remit à Séguier, qui venait d'être rappelé à la cour depuis peu (Id. : 1, 470). La présente épître est donc écrite le 13 avril 165 1 ou peu de jours après.
5. C'est-à-dire : «■ qui vont enfin faire Bois-Robert conseiller d'Etat N).
En 1654, Bois-Robert le sera déjà (Coviptes de V Epargne : i° 123 v°). Je n'ai pu mettre la main sur les lettres patentes lui conférant cette charge ; mais elles ne doivent être que de peu de mois postérieures à la présente épître, car Séguier cessera de nouveau d'être garde des sceaux le 8 septembre 165 1 (Tessereau, Histoire chronol... : I, 472).