A MONSIEUR DE VI LL AVER. I
J'y voyois des témoins habiles
Qui rendoient les miens inutiles.
Je trouvois sur le règlement
Encor un plus vain fondement ; 35 Aux yeux mesme des plus crédules,
Mes faits paroissoient ridicules.
Mais, par ton esprit tout puissant,
D'un droit douteux & languissant
Tu m'as fait, nonobstant le crime, [100]
40 Un droit certain & légitime.
Cet Esprit rare & sans pareil
Passe pour Tame du Conseil ;
Il n'est point de brigues si fortes
Ny de raisons, que tu n'emportes 45 Par la force de ton discours,
A qui je doy tout mon secours ;
Je ne voy point de Janséniste
Ny d'esprit fort qui te résiste :
Dés que tu parles, tes advis )0 Des plus bizarres sont suivis,
Et les plus forts cèdent sans peine
A cette raison souveraine ;
Quiconque opine devant toy
N'aide point à faire de Loy ; , Ta voix, avecque violence.
Par tout emporte la balance,
Et, sur nos divers interests,
Seul tu composes les Arrests;
Tes raisons ont certaine amorce ^ Qui tire les autres de force ;
Tout cède par nécessité
A ta fatale authorité ;
Ta voix est l'Oracle du Louvre ;
M. M. I luy-mesme, s'il découvre 6^ Un Rayon de ton sentiment,
Peut opiner éloquemment.
Ce n'est donc pas une merveille [loi
Si cette vertu nompareille,
Qui m'a hautement protégé, 70 D'un grand péril m'a dégagé :
Quiconque sur toy se repose
Ne peut avoir mauvaise Cause 2.
1. Il faut sans doute lire ici « Montmort ». c'est-à-dire Henri-Louis Habert (?-i679), seigneur de Montmort, maître des requêtes (voy. T. I", p. 221, n. 5).
2. Quelques jours plus tard, le 12 octobre 1649, ^^ conseil privé, « ouy le rapport dudict sieur de Villahier », rendra le nouvel arrêt suivant : « Le Roy, en son conseil, en conséquence de l'arrest du vingtquatriesme septembre dernier, a renvoie et renvoie les parties, avec leurs procez et différends, circonstances et dépendances, au parlement de Paris, auquel sa Majesté en attribue toutte cour, jurisdiction et connoissance, et icelle interditte au parlement de Rouen et à tous autres juges. Sans despens. »
Puis, en décembre, le roi accordera aux trois meurtriers les lettres d'abolition que Bois-Robert a demandées pour eux à Séguier au mois de mai (voy. Livre I®', Ep. 11). Mais elles seront annulées par le parlement de Paris, qui donnera suite au procès. On verra plus loin comment celui-ci se terminera (voy. 207, n. 2).