‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 91 sur 236 · Voy. p. 28, n. I, et p. m, n · texte numérisé non relu

Voy. p. 28, n. I, et p. m, n

Que, s'il me donne un autre Parlement, J'auray mon bien indubitablement ; Dy-luy que c'est une injustice énorme 90 De s'arrester tout à fait à la forme,

Et que cela doit estre indiffèrent [97]

Quand le bon droit au fonds est apparent ; Dy-luy que ceux qui firent la béveue M'ont dit merveille après l'avoir connue, 9S Mais toutefois pour si peu d'interest

Que je devois m'en tenir à l'Arrest, Ne se fondans que sur cette pensée Que la grand'Chambre en seroit offensée. Tu n'auras pas grand peine à luy prouver

100 Que j'ay comme eux mon honneur à sauver,

Quand je voudrois mépriser ma demande De neuf cens francs, les dépens & l'amende ; Que je ne puis à l'Arrest obeïr Sans m'outrager moy-mesme & me trahir ;

los Mais que sur tout la Justice outragée

Cherche aujourd'huy par moy d'estre vangée. Dy-luy de plus que je suis en ce lieu Pour me servir moy-mesme en servant Dieu : Je suis Chanoine, obligé par ce titre

iio D'estre présent à nostre grand Chapitre,

Qui ne finit qu'au trentième du mois ^ ; Si je le quitte, adieu mes pauvres droits ; Et si je fais encor trois jours de p au Pour les sauver, adieu ma pauvre cause.

I. A la cathédrale de Rouen, chaque année, après le chapitre général (du 16 au 23 août), les chanoines tiennent encore des réunions importantes jusqu'au 30 septembre, jour où Ton renouvelle les dispenses de résidence.

Le vers ci-dessus a donc trait au mois de septembre.

A MONSIEUR

VILLAYER

Maistre des Requestes ^

[écrite à Paris, la dernière semaine de septembre 1649] ^

Ouy, VILLAYER, mon Protecteur, Je le dy sans estre flatteur, Ouy, sans ton appuy favorable, J'estois tout à fait misérable.

Sans toy mon Advocat, honteux De soustenir un droit douteux, Juroit qu'il se faisoit cabale Jusques dans la Maison Royale 3 ; Tous mes amis de ce quartier Les plus entendus au mestier Disoient, pour éviter l'opprobi^, [99]

Qu'il faloit remettre en Octobre Jusqu'à l'Oracle de Themis ; Il effrayoit tous mes Amis

I. Jean-Jacques Renouard (1605 ?-i69i), comte de Villayet (a) est maître des requêtes depuis 1636 (Cab. des titres : Dossiers bleus $62 :

(a) Et non pas Villayer (voy. Cab. des titres : Pièces orig. 2464 :

15 Et, me raillant souvent moy-mesme,

Me faisoit une peur extrême.

Que serois-je donc devenu Si tu ne m'avois soustenu ?

Sans toy, je quittois la partie,

20 Et je prenois de ma Partie,

Qui commençoit à m'estonner, La Loy que je luy vay donner.

Sans toy, j'avois perdu ma peine ; Sans toy, mon enqueste estoit vaine,

25 Et l'argent que j'ay déboursé

Estoit vainement dépensé.

Je regardois la contr'enqueste Comme une dangereuse beste Qui m'alloit mes frais dévorer

30 Et mon bon droit défigurer ;

14841, fo 6). Il a 44 ans. Il deviendra académicien en 1658, à la place de Servient (Cab. des titres : Dossiers bleus 562 : 14841, f° 6).

2, Cette épître se rapporte au procès criminel (voy. v. 39) intenté à trois neveux de Bois-Robert pour assassinat, procès dont il a déjà été question dans l'Ep, 11 du Livre I" du présent recueil (voy. p. 29, n. 3).

Après enquête des accusés (mai-juin 1649) ^^^ ^^^ parentés et alliances qu'a la plaignante au parlement de Rouen, puis contreenquête de celle-ci (juin-juillet), l'affaire est venue devant le conseil privé du roi, avec, comme rapporteur, M. de Villayet, à qui est adressée la présente épître ; et^ le 24 septembre 1649, ^^^^^ conseil privé vient de rendre l'arrêt suivant : v Le roy, en son conseil, faisant droit sur l'instance, a évoqué et évoque à soy & à son conseil le procès & différend desdites parties du parlement de Normandie, &, avant que faire droit sur le renvoy, a ordonné & ordonne que les parties conviendront, par devant le Rapporteur, dans trois jours, d'un parlement; & ce sans autre forclusion ny signification, & sans despens. [Signé :] Seguier [et] De Rcnouard. »

Cette épître est donc de peu de jours postérieure au 24 septembre 1649. C'est bien en effet de cet arrêt qu'il s'agit et non pas de celui du 12 octobre dont il sera question plus loin (p. 136, n. 2), puisque les vers 9-13 disent qu'on n'a pas attendu octobre pour le rendre.

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