‹ Épistres en versChapitre 102 sur 177 · EPISTRE XXIV · texte numérisé non relu

EPISTRE XXIV

[écrite ii Rouen, vers le 20 avril 1646] 8

Il luy parle d'un songe qu'il fit la nuict en suite d'une visite qu'il luy avoit rendue à Rouen où il estoit malade ; puis il luy tesmoigne l'aprehension qu'il a de le voir partir pour la Campagne 3 avec son Maistre, dont il loue les hautes qualitez.

Quel sort t'emmène 4, ô généreux la Rocque ? Quel mouvement ta charité provoque ?

Qui te convie à voir un langoureux Qui de ta gloire est vrayment amoureux ?

1. « Monseigneur le Duc », c'est Louis II de Bourbon, duc d'Enghien (1621-1686), qui, quelques mois plus tard, à la mort de son père Henri II de Bourbon, prince de Condé (26 décembre 1646), deviendra à son tour prince de Condé. C'est lui que la postérité appellera « le grand Condé ». Il a 25 ans, et s'est déjà rendu célèbre par la victoire de Rocroy (1645), la P"se de Thionville (1643), la victoire de Fribourg (1644, er* collaboration avec le maréchal deTurenne) ; tout récemment,

Quoy ! je t'ay veu dedans nostre Province ? [125] Un seul moment tu peux quitter ton Prince ? Tu peux quitter Paris un seul moment, Qui des Héros est l'unique élément ?

C'est par ce nom que ma Muse distingue Ceux que Rocroy, Thionville, & Norlingue > Ont veu sans crainte affronter les hazards, Suivans leur Duc parmi les champs de Mars. Je veux payer l'honneur de ta visite,

à 24 ans, il vient de remporter, avec Turenne, la victoire de Nordlingen (3 août 1645). -^u moment où est écrite cette épitre, le duc d'Enghien est à Paris (v. 6-7) ; comme il y est depuis le 22 octobre 164 s (Galettes : 1645, p. 992), cette èpître est postérieure à cette date.

Son capitaine des gardes, a Monsieur de la Rocque », à qui s'adresse ici Bois-Robert, fut blessé, en août 1644, à la bataille de Fribourg, où il se distingua aux côtés de son maître (Galettes : 1644, p. 663 et 668). Quatre mois après la présente épitre, en août 1646, il sera blessé au siège de Bergues (Galettes : 1646, p. 740). Deux ans plus tard, en août 1648, toujours auprès du prince de Condé, il se distinguera à la bataille de Lens (Galettes : 1648, p. 1131). Pendant la Fronde, il restera fidèle à Condé ; à l'extrême fin de cette guerre civile, en avril 1653, lorsque la soumission au roi sera générale, nous le verrons, à Sarlat, se rendre prisonnier avec tout le régiment d'Enghien (Galettes : 1653, p. 347). Et comme je trouve qu'en ce même mois d'avril 1653 un Béarnais nommé Isaac de la Roque (a) sera anobli par le roi (Arch. nat. : Ol*5, f° 169), j'en conclus qu'il se peut que tels soient le prénom et le nom patronymique de « Monsieur de la Rocque, capitaine des gardes de Monseigneur le Duc ».

C'est peut-être encore lui qui, en 1678, commandera une brigade de cavalerie à Rheinfelden (Galettes : 1678, p. 620), puis le 12 août de la même année, en Alsace, exécutera une charge brillante près de Lauterburg (Id., 747), et mourra en 1684 après avoir été réformé (Cab. des titres : Dossiers bleus 580 : 15260, f° 9).

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