‹ Épistres en versChapitre 122 sur 177 · Cf. Ep. XXX : v. 105-HO · texte numérisé non relu

Cf. Ep. XXX : v. 105-HO

Par quelle admirable industrie

Tu t'es fait sçavant en ce point

Que le sçavant ne comprend point.

Par quel Art, s'il n'est pas magique,

Mets-tu ce secret en pratique,

Qui fait qu'on t'admire & te crainct

Et qu'on te croid ou diable ou sainct?

Quelle adresse incompréhensible

Sans l'aide d'un maistre invisible

T'a peu faire ainsi pénétrer

Où nul que toy ne peut entrer ?

Tu connois tous les caractères,

Tu confonds tous les secrétaires,

Tu desbrouilles esgalement

Et le François et l'Allemand ;

En fin tout cède à ta science,

Tout cède à ton expérience ;

Il n'est plus rien dessous les Cieux

Qu'on puisse cacher à tes yeux ;

Et croi que ces yeux de Lyncée l t1)2]

Lisent mesme dans la pensée.

Que ton service est éclatant

Et que ton Art est important !

On gagne par luy des Provinces,

On sçait tous les secrets des Princes,

Et par luy, sans beaucoup d'efforts,

On prend les villes & les forts.

Vraiment cet art est bien commode ;

De grâce, apprens moy ta méthode,

i. LOMKBUS, argonaute ; ses regards étaient si perçants qu'ils pénétraient jusque dans les entrailles de la terre (Apollônios de Rhodes, Argoiiatrtika : I, 1 51-15 5).

Et justifie, en m'instruisant,

Les temps passez & le présent ; 45 Car ceux qu'on bat & met en fuite

Jurent qu'un Diable est à ta suite,

Et que d'invisibles laquais

D'enfer rapportent leurs paquets ;

Mais, amy, cet art qu'on admire 5o Vient de Dieu seul qui te l'inspire ;

Ce fut de luy que tu l'appris,

Luy seul éclaira tes esprits,

Et, pour ta bonté singulière,

Il te donna cette lumière, 55 Dont Armand, Jules, et Louis *

Ont paru mesmes esblouis.

Certes j'ignore ton adresse,

Je ne comprends point la finesse

De ton secret ; mais je sçay bien [153]

60 Qu'il t'a donné beaucoup de bien ;

Tu le mérites, & je gage

Qu'il t'en donnera davantage :

Tousjours fortune te rira,

Et, tant que guerre durera, 65 Bellonne exaltera tes Chiffres

Parmy les tambours & les fiffres.

Richelieu, Mazarin, et Louis XIV

MONSIEUR

[écrite a la Ferté sur Aube, au début de la seconde quinzaine de septembre 1645 1 -

Il luy parle advantageusement des belles lettres qu'il a receues de luy, & luy demande des nouvelles de Paris & de ses amis.

Amy franc, aymable Gineste, Dont l'esprit habile & modeste Seroit du grand monde connu S'il n'estoit pas si retenu, Puis-que ta propre modestie De ton los t'oste une partie, [1 5 5]

Souffre que par bonne amitié Je te sauve l'autre moitié, Que je rende à celuy que j'aime Ce qu'il se dérobe à luy mesme.

Seul tu feins d'ignorer le prix Des Epistres que tu m'escris,

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