A MADAME ROSSIGNOL
Et son œil jaune & son teint blesme,
Peut-il, sans commettre un blasfeme
Et sans redouter l'Anateme, [J^4]
\Tous dire en rime qu'il vous avme
Et qu'estant l'aimable moitié
terre et lit banqueroute. » (Tallemant : II. 227). Sa femme dut. en effet, mourir très peu de temps après leur mariage, car cinq rr.ois plus tard, le 25 mai 1641, son office de trésorier général des parties casuelles tut saisi, et adjugé à un autre, « faute de payement des sommes dont il estoit demeuré redevable » au roi. (Chambre des comptes. Mémoriaux. 1640-1641 : p. 1073). Ses biens furent mis « en direction » (Cab. des titres : Dossiers bleus 593 : 15592, f° 2). ■ De peur de ses créanciers,... il se retira en Bretagne chez M. le duc de Brissac (<i), et il se mit aux bonnes grâces du Duc et de la Duchesse. Ce fut là que M::* de Brissac (b), qui jusques alors s'estoit picquée d'une grande pruderie, trouva cet homme à son goust, et l'aima si esperduement qu'on .1 dit qu'elle luy tiroit ses bottes. Elle l'espousa en cachette. ■ (Tallemant : II, 227). Le 23 janvier 1642, l'office de trésorier général des ponts et chaussées de France, qu'il possédait également, fut aussi saisi et adjugé à un autre (Chambre des comptes. Mémoriaux. 1642 : p. 117).
L'épithète de « confisqué » s'applique parfaitement à Sabathier, car elle signifie ruiné : « Confisqué se dit aussi d'une chose qui apparemment est perdue ou ruinée... Il a deplû à son Maistre, il est confisqué. Cet habit est confisque, je ne le puis plus mettre... » Confisqué convient bien aussi à Bois-Robert, qui a le corps ruiné : « On dit, en parlant des qualités d'un corps, qu'un homme a un corps flouet, un corps confisqué, pour dire qu'il est en mauvaise santé. » (Furetière 1690 : articles CONFISQUÉ et CORPS).
5. Je n'ai trouvé l'adjectif « embilé * dans aucun dictionnaire de l'époque ; il est probable que c'est Bois-Robert qui le forge pour la circonstance.
Au xvne siècle, la bile, au sens figuré, c'est la tristesse mêlée de colère (" melancholy intermixed with choller », dit Cotgrave en 1632;. Ôr il n'y a, ni dans les évangiles dits canoniques ni dans les évangiles dits apocryphes, aucun passage qui fasse voir Nicodême « embilé ». J'ai pensé qu'il s'agissait là d'une tradition populaire ayant son origine dans le caractère de Nicodême tel que l'avaient peu à peu créé les auteurs de ■ mystères » du moyen âge. J'ai soumis cette hypothèse à M. Gustave Cohen, à qui la littérature du moyen âge est particulièrement familière. M. Cohen s'y est rallié compléte-
(a) François de Cosse, pair et gr^.nd pannetier de France, lieutenant général au gouvernement de Bretagne.
(b) Anne de Cosse, deuxième fille du précédent, a!ors âgée de 18 ans (Cab. des titres : Dossiers bleus 212 : 5450, f° 39).
D'un qui fut un autre soy-mesme, Il prétend, d'une ardeur extresme, Un bon tiers dans vostre amitié Plus douce que succre à la creime
ment, et a eu l'obligeance de me signaler : i° comme preuves de la grande popularité de Nicodéme au moyen âge, les Trois versions rimées de l'évangile de Nicodéme, par Chrétien, André de Coutances, et un anonyme ; 2° comme testes de mystères mettant en scène un Nicodéme a embilé », des passages de La Résurrection du Sauveur (xne siècle) (Théâtre, français du moyen âge : p. 18) et de La Passion Xostrc Seigneur (xv* siècle) (Mystères inédits du quinzième siècle : II, 268).
Quant à Bois-Robert, il est t embilé » non pas au sens figuré mais au sens propre : toute sa vie, en effet, il attribuera à un excès de bile ses malaises physiques (voy. p. 5, n. 1).