EPISTRE XXXIV
[écrite à Paris, au printemps de 1646] -
Il luy parle du voyage de Munster qu'il va faire avec Madame de Longueville >, dont il loue les hautes & rares qualitez.
Mon cher Esprit, ah ! quel heur & quel bien Si tel Esprit pouvoit estre le mien !
Tu peux souffrir cette Turlupinade ; Je gage, et prens pour juge Benserade +,
1. Jacques Esprit (1611-1678), après avoir passé, de 18 à 23 ans, quelques années dans la congrégation de l'Oratoire où il étudia les lettres et la théologie, est rentré dans la vie mondaine. Fêté partout, et en particulier à l'hôtel de Rambouillet, pour sa délicatesse d'esprit, son enjouement, sa facilité d'élocution, il devint, vers 1636, le commensal du chancelier Séguier qui, on l'a vu plus haut, entretient toute une pléiade d'hommes de lettres (voy. p. 190, n. 1).
Au moment où Bois-Robert écrit cette épître, Jacques Esprit a 35 ans ; il est académicien depuis 1639 î ^ a quitté le chancelier Séguier depuis plus de deux ans, à la suite du mariage secret de la fille de celui-ci, Madeleine Séguier, avec Guy de Laval, dit le chevalier de Bois-Dauphin (nuit du 28 au 29 janvier 1644) (Arch. des Aff. étrang. : Mémoires et docum. : France 849 : f° 48), mariage dont Pierre Séguier reprocha à Esprit de ne l'avoir pas averti.
Depuis lors, Jacques Esprit est attaché à Mme de Longueville, avec
Que, si Mommors t'avoit complimenté, [172]
Par cette pointe il auroit debutté.
Donc, cher Esprit, dy moi ce qui t'engage
A ce cruel & pénible voyage ;
Quel est ton but ? parle moy franchement ;
Fais-tu dessein de te rendre Allemand ?
Ah ! ce départ bizarre m'assassine ;
Delà le Rhin tu vas prendre racine ;
Si le Destin tourne une fois tes pas
laquelle il va faire le voyage dont il est question dans cette épitre. Quelques années plus tard, il rentrera à l'Oratoire où il s'infligera force pénitences. Puis, rentrant de nouveau dans le <• monde », il deviendra, à Pézenas, l'intendant du prince de Conty, et se mariera (Kerviler, Le chancelier Pierre Sêguier... : p. 511-557;.