A MADAME DE MOTTEVILLE
Elle vous ayme, elle fait cas de vous,
Et vous pourriez vous plaire parmy nous ?
C'est un abus ; je ne le sçaurois croire ;
Et qui sera jaloux de vostre gloire
Doit s'efforcer de vous en divertir [l%5]
Quand vostre cœur y voudra consentir.
C'est bien assez que cet aymable frère r,
Qui, comme vous, a trouvé l'Art de plaire
Par son esprit & solide & charmant,
Prenne sa part au divertissement ;
C'est bien assez que Villeneuve 2 encore,
Qui, sans mentir, mérite qu'on l'honore,
Vienne au jardin, puis-qu'elle ne peut pas
Jusqu'en l'Alcove accompagner vos pas.
Mais ces plaisirs qui nous touchent, nous autres,
Ne sont pas nez pour vous ny pour les vostres ;
Vous les fuyez, & dans Fontainebleau
Vous allez voir un jardin bien plus beau,
Œuvres de Monsieur Sarasin : p. 34 des Poésies). Dans quatre ans, elle renoncera au monde et entrera au couvent de la Visitation de sainte Marie, à Chaillot (Loret, Mu^e histor. : 25 août 1650. — De Beaurepaire, Recherches sur A/me de Motteville... : p. 25). Sur sa « sagesse » et son esprit, voy. les Poésies de J. de la Mesnardiere : p. 34.
1. François Bertaut (1621-1704), frère cadet de Mme de Motteville, a été, grâce à Bois-Robert, élevé aux frais de Richelieu (Tallemant : IV, 128. — Correspondance des genovéfains : XI, f° 419). Agé de 25 ans, il est, depuis deux ans (mars 1644), prieur du Mont-aux-Malades près de Rouen (Arch. des aff. étr. : Mém. et docum. : France 853 : f ° 27). Dans quelques années, il deviendra lecteur ordinaire de la chambre du roi (165 1), puis, plus tard, conseiller au parlement de Rouen (1657), et enfin conseiller au parlement de Paris (1666).
2. « Mademoiselle de Villeneuve, cette amie qui demeuroit avec moi », dira Mme de Motteville dans ses Mémoires (II, 299). En 1649, pendant la Fronde, elle risquera d'être assommée d'un coup de pavé par un homme du peuple; mais son intrépidité la sauvera (Id. : II, 299). Je ne suis pas parvenu à l'identifier.
Parmi les Poésies choisies de Messieurs Corneille, Bensserade,... (Deuxiesvie partie) (1653), figurera une Epigramme de Louis Petit adressée A Mademoiselle de Villeneuve, qui avoit la fièvre tierce (p. 272).
Vous allez voir de superbes allées, Des pas divins de ma Reine foulées ; Et sans cela vous ne les verriez pas : 100 Elles auroient pour vous trop peu d'appas.
C'est donc en vain que Tevenin espère Que son jardin puisse jamais vous plaire, Si ce n'estoit qu'un jour ANNE eust désir D'y venir prendre une heure de plaisir.
A MONSIEUR
DE