Voy. la note précédente : dernier alinéa
3. Le Recueil in-40 de Conrart contient une copie manuscrite de cette épitre (XIX, 439), copie postérieure de plus de vingt ans au texte imprimé que je réédite. J'indique, au bas de chaque page, les variantes fournies par cette copie ; je néglige, néanmoins, les variantes d'orthographe et de ponctuation, qui sont le fait du copiste.
Tu souffres d'un mesme œil tout ce qui t'environne, [o Tu les sçais discerner, & ne fasches personne ;
Tu joins la modestie avec l'authorité ;
Tu confonds ton crédit avecques ta bonté ;
Sans faire l'empressé, sans que rien t'embarrasse,
Tu fais accueil à tous, & de si bonne grâce i 5 Que qui te void des yeux si doux, si complaisans,
Ne te peut distinguer d'avec tes courtisans.
Il n'appartient qu'à toy de faire ces merveilles,
Et, si je n'en croyois mes yeux & mes oreilles,
J'aurois peine à penser qu'un Mortel adoré 20 Pust en si haut éclat estre si modéré. [sommes,
La faveur, en tout temps comme au siècle où nous
A toujours desguisé les visages des hommes ;
De ce venin subtil on est soudain gasté ;
J'en parle en homme expert, Comte : j'en ay tastc. 2^ Tu sçais que ma faveur, aux Provinces connue,
A fait quelqu'embarras autrefois dans ma rue r ;
Je ne fay que partir d'où tu viens d'arriver ;
J'ay veu, comme tu vois, des grands à mon lever ;
Plusieurs de tes Suivans ont mesme esté les nostres, [19] 30 Et je pense avoir fait le fat comme les autres :
Je n'ay pu me sauver d'un air contagieux
Qui corrompt les esprits en aveuglant les yeux.
Si je t'avois veu lors tel que je te contemple,
Je me serois changé, peut-estre, à ton exemple. î5 La faveur, je l'avoue, a de charmans appas ;
Mais, quand on la possède, on ne se connoist pas.
Le meilleur naturel & la meilleure grâce
5 r : me parer.
i. Voy. p. 47, n.