‹ Épistres en versChapitre 39 sur 177 · A MONSIEUR LE COMTE DE NOAÎLLES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE NOAÎLLES

Dégénère en foiblesse & se tourne en grimace ;

On prend un certain air farouche & sérieux ;

On ne void quasi rien, quoy qu'on ouvre les yeux ;

On fait de l'empesché quand on n'a rien à faire,

Et d'une bagatelle on compose un mistere :

Je sens ce que j'ay fait, je me mire en autruy,

Et croy m'estre connu seulement d'aujourd'huy.

J'en connois qui, sortans de la chambre du Maistre,

Semblent avoir chaque œil plus grand qu'une fenestre ;

Ils regardent sans voir, en hommes effarez ;

Parmy leurs amis mesme ils semblent esgarez ;

Ils ont l'esprit ailleurs lors qu'on brigue leur grâce ;

Tout leur nuit, tout les chocque, ce tout les embarrasse.

Mais, Comte, je ne puis les condamner ici,

Car je pense, après tout, que je faisois ainsi.

Toy seul demeures ferme, &sans foiblesse aucune [20]

Tu te monstres toujours esgal en ta fortune ;

Tu connois tes amis, & rends office à tous

Sans voir aucun mutin, sans faire aucun jalous.

Comte, n'est-ce pas faire en ce siècle un miracle?

Pour venir à ton but, tu franchis tout obstacle,

Et crois avoir perdu, comme cet Ancien,

Le jour où, par malheur, tu n'as point fait de bien.

C'est la Vérité seule aujourd'huy qui me touche

Et qui vient exiger cet aveu de ma bouche ;

J'ay dit ce que j'ay veu, j'ay dit ce que je croy.

Car pourquoy te flater, ne voulant rien de toy ?

Ton Maistre, je l'avoue, est l'objet de mes veilles :

J'adore sa Vertu, j'en conçoy des merveilles ;

Et, si je n'aymois pas son visage charmant

Qui r'appelle en mon cœur les tendresses d'Armand,

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