BEAUMONT
Précepteur du Roy
EPISTRE v.
[écrite en Normandie (à Forges-3es-Eaux ou au Bois-Robert) à une date incertaine mais postérieure au 26 mai 1644] "2.
Il l'entretient de sa disgrâce passée, de son restablissement glorieux, & du mespris qu'on doit faire du monde & de la Cour, & finit par les merveilles que promet l'heureuse enfance du Roy.
Sage & sçavant Abbé, de qui l'Illustre vie, Non sans quelque merveille, éclatte sans envie, Qui, sur le grand Théâtre à tant d'yeux exposé, T'es si modestement & si bien composé
1. Hardouin de Péréfixe (1605-1670), qu'on appelle abbé de Beaumont parce que son père, Jean de Péréfixe, était seigneur de Beaumont (Cab. des titres : Dossiers bleus 516 : 13466, f° 12), fut proviseur de Sorbonne, puis maître de chambre de Richelieu. Depuis le 26 mai 1644, '1 est précepteur du jeune roi (Galettes : 1644, p. 380). La présente épitre est donc postérieure à cette date. Il a une quarantaine d'années. Plus tard, il deviendra évêque de Rodez (1648), puis académicien (1654) (successeur de Balzac), puis archevêque de Paris (1662) (Gallia christ. : VII, 181) ; en cette dernière qualité, il
5 ô EPISTRE
5 Que, par une vertu rare au siècle où nous sommes, [23] Tu t'es acquis l'estime & des Dieux & des hommes, Permets que, du désert où le sort m'a conduit, Je rende cet hommage à l'éclat qui te suit ; Souffre un champestre obscur, un pauvre solitaire
0 Qui, prez du grand Armand, jadis eust l'art de plaire 3, Et que sa mort funeste a réduit en ce lieu Pour mespriser le monde & pour connoistre Dieu. Mieux que tous les Mortels, tu connois mon Histoire ; Tu m'as veu dans l'éclat, tu m'as veu dans la gloire :
iS Applaudi, caressé, suivi de cent flateurs,
J'estois sur ce Théâtre un des plus beaux Acteurs. Les jaloux me croyoient tout confit en délices, Et, quoy que je marchasse au bord des précipices, Parce qu'ils ne voyoient que des fleurs sous mes pas,
îo Ces cruels ennemis ne m'espargnerent pas ; Je fus si fort en butte aux traits de leur envie Qu'il m'en pensa couster & l'honneur & la vie. Tu te peux souvenir de ce jour de douleur
rendra, le 11 août 1667, 1* fameuse ordonnance défendant, sous peine d'excommunication, de représenter, lire, ou entendre le Tartuffe de Molière.
2. Lorsque Bois-Robert écrit cette épître, il est à la campagne. D'après la peinture qu'il fait de cette « solitude » agréable, on peut conclure qu'il est soit à Forges-les-Eaux où il aime aller soigner sa « bile » (voy. Ep. ix et xxxn), soit dans ses terres du Bois-Robert où il s'occupe de culture (voy. Ep. xix). Au surplus, le vers 81, où il se sert de l'expression « nostre Province », prouve bien qu'il est en Normandie.
Quant à la date de cette èpitre, rien ne permet de la fixer avec certitude. Il se peut qu'elle ait été écrite pendant le séjour que Bois- Robert fît en Normandie en juin-juillet 1645 (voy. Ep. ix). Mais, étant donné que Bois-Robert s'exprime comme si l'abbé de Beaumont n'était que depuis peu de temps précepteur du roi (v. 61), il se peut aussi que cette épitre ait été écrite en 1644 (vov- ^a uote précédente) ; elle serait alors antérieure au mois d'octobre (voy. p. 49, n. 1).