‹ Épistres en versChapitre 46 sur 177 · Sur Chapelain en 1646, voy. p. 40, n · texte numérisé non relu

Sur Chapelain en 1646, voy. p. 40, n

6. On écrira plus tard : <r Tous les Gens de Lettres de ce tems-li parloient de La Pucelle comme d'un Ouvrage qui devoit égaler l'Iliade «Se l'Enéide ,... » ( [Camusat], Mélanges de littérature..., page iij.)

Chapelain travaille à La Pucelle depuis 1629 (Moreri). Ce n'est qu'à la fin de 1655 qu'il en publiera les douze premiers chants (achevé d'imprimer : 15 décembre) ; le privilège pour cette impression est déjà signé depuis le 3 mars 1643.

A MONSIEUR DE BALZAC. 6j

A ce grand nom on porte révérence ;

Chacun s'approche ; on faict un grand silence ;

Mais on le rompt par exclamations,

Tant ce beau stile émeut nos passions r ;

Et n'est Autheur si discret, qui ne face,

En t'escoutant, grimace sur grimace.

Voila comment nous nous divertissons [31]

En beaux Discours, en Sonnets, en Chansons ;

Et la nuict vient, qu'à peine on a sceu faire

Le tiers d'un mot pour le vocabulaire :

J'en ay veu tel aux Advents commencé

Qui vers les Rois n'estoit guère avancé.

C'est trop parler & de Vers et de Prose ; Puisqu'il te plaist, discourons d'autre chose. Tu veux sçavoir que fait l'Archipedent, A qui chacun donne des coups de dent, Et qui jadis estoit prest à les rendre [dre2 ?

Aux bons morceaux quand il les pouvoit pren-

1. Au milieu de cet engouement exagéré des contemporains pour les œuvres de Balzac, une faible minorité en juge plus sainement : ".... Tu perds tant de temps pour adoucir ton ouvrage & pour chercher des rencontres curieux, qu'il ne te reste point de loisir pour prendre garde à ce que tu escrits.... » (Mathieu de Morgues, Diverses pièces..., p. 469 : Respoiice à la seconde lettre que Balzac a faict imprimer avec son Prince) (Tout le début de cette pièce serait à citer, tant Balzac et son style y sont jugés avec justesse). — «... Sou éloquence estoit une rivière glacée, qui après son dégel se débordoit estrangement &emportoit tout par sa violence & par la rapidité de son cours... » {Lettres de Monsieur Costar, 1658, p. 129 : A MT de Bautru).

2. Pierre Montmaur («5(1576-1648), professeur de grec au Collège royal, possède une érudition immense, qui se traduit souvent, à la table des grands où il aime à faire bonne chère, en saillies caustiques contre les savants anciens et contemporains. C'est ainsi qu'il suscita contre soi une coalition générale des beaux esprits ; les représailles commencèrent en 1636, sous la forme de deux poèmes latins qui circulèrent manuscrits : Macrini parasitogrammatici bernera de Charles Feramus et Vita Gargilii Mamurrje parasitoptdagogi de Ménage. Dès lors,

(a) Et non pas de Montmaur.

95 On l'abandonne en son plus grand besoin :

Il ne se paist que d'avoine & de foin :. Qui void son sort & sa Métamorphose Ne luy veut plus présenter autre chose. Son valet mesme a sceu nous en-seigner,

ioo En l'estrillant au lieu de le peigner,

Qu'aucun ne doit le souffrir à sa table ; Dés qu'il paroist, on le chasse à l'cstable, On siffle, on hue, en le poussant abas Au son des pots, des chaudrons, & des plats ;

ioj Sans s'estonner, aussi-tost il remonte ;

Doux comme vin il avale la honte ; Et le premier nous le voyons placé, Dés que son nez luy dit qu'on adressé. Ce fameux Flotte 2, honneur des Parasites, [32]

no Qui peut choisir les meilleures marmites,

en une nuée d'épigrammes, de satires, de pamphlets de toute espèce, en français et en latin, ses adversaires le peignirent comme le type du parasite : puis peu à peu, exaspérés par le silence impassible de Montmaur, ils en arrivèrent à l'accuser des vices et même des crimes les plus infamants. Au moment où écrit Bois-Robert, cette campagne est à peu près terminée : les pamphlétaires sont désappointés par le silence de l'adversaire. Montmaur est âgé de 70 ans.

La plupart de ces pièces seront rassemblées et commentées au xvme siècle par Sallengre, sous le titre de : Histoire de Pierre de Montmaur. D'autre part Bayle {Dictionnaire) consacrera à Montmaur un article impartial et documenté. Voy. aussi Bernardin, De Petio Moumauro... ; et, sur le rôle de Balzac : Ch. Drouhet, Les originaux du << Barbon » (très important).

1. Sa métamorphose en âne vient d'être chantée en vers latins dans deux plaquettes anonymes qui ont paru l'année précédente : Macriiii Parasitogrammatici in Asinum Metamorphosis, Odf, et Asinus in Parnasso (Mennung, Jean-François Sarasin's Leben und Jferkc : I, 186 et 187).

2. Aucun contemporain ne nous a laissé de notes biographiques sur Flotte : nous ne savons guère sur lui que ce que nous en apprennent les lettres du poète Mainard. Né à Toulouse vers 1583 (Les Lettre* du Président Maynard : lettre clxxi du début de 1641) (a), il se fixa à

(a) Je date les lettres de Mainard d'après : Ch. Drouhet, Tableau chronologique des lettres du poète François Mainard.

Qui, justement des autres envié, Est chaque jour en dix lieux convié Et n'a pourtant qu'une bouche & qu'un ventre, Portant la joye en quelque lieu qu'il entre, Chante Mamurre », & dit qu'avant l'Esté En plein Pont-neuf on le verra chanté.

Avec raison, par tout il le décrie Plus qu'il n'a fait le mauvais vin de Brie, Car ce gourmand a souvent dévoré Maint bon morceau que Flotte a préparé, L'escamottant avec la mesme adresse Qu'un Charlatan fait ses tours de souplesse. Puis-je après luy mettre ton Frère 2 en jeu, Et te citer ton illustre Neveu, [que,

Qu'on montre au doigt comme un homme de mar-

Paris dés 1601 {id. : 1. lxxiii de janv. 1636) et a vieilli dans « l'Illustre Maison de Guise » (id. : épitre dédicatoire). Très lié avec Mainard, il lui servit à Paris d'intermédiaire, tant auprès des grands et des gens en place {id. : 1. xlvii de mi-décembre 1634, et xxxin de sept. 1644). que vis à vis des amis et correspondants de Mainard {Lettres de Balzac à Chapelain, la pi. n. i. : 1. des 19 oct., 26 oct., 9 nov. 1645, 1 1 avril 1644, x4 avril 1647 ; Lettres de MT Chapelain : passim). Au moment où écrit Bois-Robert, Flotte est âgé d'environ 63 ans. Après la mort de Mainard (voy. p. 26, n. 2), il rassemblera un grand nombre de lettres de celui-ci, et les publiera sous le titre de : Les Lettres du Président Maynard.

Son amour de la bonne chère, dont Bois-Robert parle ici avec complaisance, est devenu proverbial : voy. plus loin, Ep. xxiii, v. 73-74; voy. aussi : Lettres de M' Chapelain (lettre du 11 juillet 1638, etc.) ; Lettres de Balzac à Chapelain, la pi. n. i. (lettres du 19 oct. 1643, du 23 mai 1644, etc.) ; Les Œuvres de Maynard (p. 68 : Epigramme ; p. 235 : A Flote, Ode ; p. 277 : Ode, A Flote) ; Xcuvelles Œuvres de Monsieur Sara^in (II, 39) ; Les Œuvres de Monsieur Scarron, 1697 -(I. 240-241 : Au grand Flotte, chanson à boire) ; etc..

Il sera encore vivant le 2 juin 1664, *. ^a mort d'Henri II de Lorraine, duc de Guise, dont il sera alors le plus vieux « domestique » (Loret, La Mu\e hist. : IV, 207).

1. C'est le nom sous lequel Ménage a désigné Montmaur dans sa Vita Gargilii Mamurrz... (voy. p. 67, m 2).

2. François Guez, seigneur de Roussines (1598- ?), frère cadet de Balzac, est alors en voyage à Paris, en compagnie d'un parent. Les

Qui vit ici comme un petit Monarque ?* Te puis-je dire avec quelle splendeur De sa despense éclatte la grandeur2,

deux voyageurs ont quitté Balzac peu après le 27 novembre 1645 (Lettres de Balzac à Chapelain, la pi. n. i. : lettre du 27 nov. 1645). Iis étaient déjà certainement à Paris vers le 1" janvier 1646 (id. : lettre du 7 janvier 1646, non datée par Tamixey de Larroqué). Ils en repartiront dans les tout derniers jours de mars, car ils arriveront à Balzac entre le 3 et le 8 avril : en effet, ils y seront déjà le 9 (id. : lettre du 9 avril 1646), mais ne seront pas encore arrivés le lundi de Pâques, c'est-à-dire le 2 avril (id. : lettre du 23 avril, faussement datée du 13 par Tami^ey de Larroqué, qui l'a en outre déclassée pour la faire passer avant celle du 15 ; sur le manuscrit, le quantième n'est pourtant pas douteux). La présente épître a donc été terminée vers le milieu de la seconde quinzaine de mars 1646.

1. Bernard Patras, seigneur de Campaigno (.7,(1621-1647), neveu de Balzac et de François Guez, est lieutenant au régiment des gardes. L'année précédente, il fit la campagne de Flandres sous les ordres du maréchal de Gassion, et fit parler de soi à la prise de Bourbourg (8 août 164s) (Galettes : 1645, p. 724). En 1647, il participera, toujours sous les ordres du maréchal de Gassion, à une autre campagne de Flandres, et trouvera la mort au siège de Lens (n-12 août 1647) (Galettes : 1647, P- 7*3 » Lettres de Ba\ac à Chap., la pi. n, i. : lettre du 19 août 1647) (&)•

Une des épitres de Bois-Robert lui est adressée (Ep. xxin).

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