Voy. p. 6g, n
3. L'épître latine dont il s'agit sera imprimée pour la première fois en 1648 avec Le Barbon (p. 155 : Ad clarissimum et reverendissimum antistitem Metellum de Bosco Roberto, Epistola). Sur cette œuvre obscure et incohérente, écrite en 1630, et replâtrée en décembre 1645 avec addition d'un long passage contre Montmaur, voy., dans les Lettres de Balzac à Chapelain, la pi. 11. i., celle du 7 janvier 1646, dans laquelle Balzac raconte l'histoire de la composition de son Epistola et parle des anachronismes qu'il y a laissés subsister.
L'Epistola fut envoyée à Bois-Robert par le même courrier que la lettre à Chapelain que je viens de citer. Bois-Robert la reçut, par conséquent, vers la fin de la première quinzaine de janvier 1646. Sur la date de son épître-rèponse, voy. plus loin : page 69, note 2.
4. Sur la fondation de l'académie, voy. [Pellisson], Relation... : p. 6 et suiv.. Sur le véritable rôle de Bois-Robert en cette circonstance, voy. les Epistres de 1659 : Livre III, Ep. m, v. 21-24.
Par ses bienfaits entretient ses appas ' ; 25 II lui tesmoigne une tendresse extrême ;
Mais il faudroit que le Roy fist de mesme 2.
C'est là qu'on void tous ces rares Esprits
Qui du beau stile ont emporté le pris.
Séparément, ce sont autant d'Oracles ; 30 Tous leurs escris sont de petits miracles ;
Leur belle Prose avecque leurs beaux Vers [29]
Portent leurs noms au bout de l'Univers.
Pour dire tout, enfin, dans cette Epistre,
L'Académie est comme un vray Chapitre : 35 Chacun à part promet d'y faire bien,
Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien,
Mais tous ensemble ils ne font rien qui vaille ;
Depuis six ans dessus FF on travaille,
Et le Destin m'auroit fort obligé 40 S'il m'avoit dit : « Tu vivras jusqu'au G 3. »
1. Pierre Séguier (i 588-1672), comte de Gien, est chancelier de France et garde des sceaux. Il a 58 ans. Depuis le 15 décembre 1642, il est protecteur de l'académie : il a succédé à Richelieu dans ces fonctions ; l'académie s'assemble chez lui. Sur le rôle de mécène joué par Séguier, vov. Ep. xxvu, et Kerviler, Le chancelier Pierre Séguier.
2. Quelques années plus tard, Ménage constatera aussi cette indifférence du roi et de Mazarin pour les gens de lettres :
Mais pour eux vainement nos chants ont des apas, Puisque la Cour, Daphnis, ne les écoute pas.... Daphnis, Armand n'est plus, Armand qui des neuf Sœurs Ayma si constamment les célestes douceurs, Qui combla de bienfaits ces Filles de Mémoire, Qui les combla d'honneurs, qui les combla de gloire. Daphnis, Armand est mort, & l'Art des Beaux Esprit*
Ne reçoit de la Cour qu'opprobre & que mépris
Jules fuit nos concerts....
(.Egidii Menagii Poemata : Christine, églogue, p. 97).
3. Cette lenteur de l'académie dans ses travaux est un mal dont elle fut atteinte dès sa fondation, puisque, le 21 août 1634. Chapelain écrit déjà : « L'Académie est réduite au petit pied, et si l'influence dure il y a apparence qu'elle se réduira à néant ; les trois dernières assem-
A dire ici, Balzac, ce que j'en pense, Si leur travail avoit sa récompense, Sur la Crusca nous aurions renchéri, Ce bel ouvrage en tant de lieux chéri », Et dans six ans nous aurions fait la nicque Aux reglemens de la trouppe Italique ; On nous auroit suivis & rêverez ; Qui rit de nous, nous auroit admirez.
Je ne dy pas encor qu'on ne le face, Si sur Testât2 cinq ou six trouvent place ; Mais l'Artisan employé sans argent, Dans son travail n'est jamais diligent.
On n'y void plus l'agréable Voiture 3, Dont tu m'as fait une riche peinture Dans ces beaux Vers qui, de Majesté pleins, Font honte aux Vers des plus doctes Romains.
blèes se sont passées sans rien faire, et, si celle que nous allons tenir tantost est de raesme, il luy faudra changer de nom et l'appeler l'Académie des Fainéants... ». Trois ans plus tard (31 mai 1637), ^ écrit à Balzac : « Pour l'Académie, elle languit à l'ordinaire, peu de gens s'y
rendent aux jours réglés, et l'on n'y fait plus exercice de lettres >
Il renouvelle encore ses plaintes à ce sujet le 5 septembre 1638 dans une lettre à Balzac (Jaussement datée de 1640 par Tami^ey de Larroquc), et le 24 décembre 1638 dans une lettre à Godeau (Lettres de M1 Chapelain, I).
Cf. Ep. xxx, v. 65-68.
1. L'Accademia délia Crusca, fondée en 1592 à Florence par le poète Grazzini, a donné en 1612 la ire édition de son dictionnaire, sous le titre de Vocabolario degli Accademici délia Crusca.
2. « Estât, se dit aussi des rolles qui s'expédient au Conseil tous les ans, qui contiennent les ordres nécessaires pour faire payer les despenses & les charges de YEstat.... Il y a un estât des pensions. Un tel a esté couché sur Vestat pour telle somme... » (Furetière 1690).
3. Vincent Voiture (1 598-1648) est alors conseiller du roi et introducteur des ambassadeurs chez Gaston de France, oncle du roi. Il est au mieux avec Mazarin et très en faveur à la cour. Il a 48 ans. Sur Voiture, voy. les deux ouvrages d'Emile Magne : Voiture et les origines de l'hôtel de Rambouillet et Voiture et les années de gloire de l'hôtel de Rambouillet.
Son peu d'assiduité à fréquenter l'académie a été constaté à plu-
Il cherche ailleurs de plus doux exercices : [30] C'est sous un daix qu'il trouve ses délices « ; Là, son débit n'est jamais controllé2 ;
60 On l'applaudit si tost qu'il a parlé.
Il connoist trop & les esprits critiques Et le degoust de nos Académiques, Et que Catulle, avec tous ses appas, Non plus que luy ne s'en sauveroit pas 3.
65 Ton vieux Menard 4, ce merveilleux Génie,
Nous y fait voir sa Muse rajeunie, Qui sous la presse augmente sa vigueur, Et qui des ans mesprise la rigueur.
Ton Chapelain s, dont le bel Art excelle,
70 Nous y fait voir sa guerrière Pucelle
Et ses hauts faicts, qu'on n'eust jamais poussez Si fortement dans les siècles passez 6. Là, chaque Autheur sa marchandise estalle. Ton nom sur tout remplit toute la salle.
7S Quand de la poche on tire quelque escrit
Frais émoulu qui part de ton esprit,
sieurs reprises par Chapelain dans sa correspondance, et cela dès 1658 (Lettres de M* Chapelain : lettres du 7 mars 1638, du 6 janvier 1639, du 30 avril 1640, etc.).
1. Etant donné (voy. p. 32, n. 2) que le dais ne se rencontre que chez les rois, les princes, et les ducs, Bois-Robert fait ici allusion non pas à l'hôtel de Rambouillet (d'ailleurs presque désert depuis le mariage de Julie d'Angennes), mais à celui de Gaston de France (voy. p. 65, n. 3).