‹ Épistres en versChapitre 50 sur 177 · EPISTRE VIII · texte numérisé non relu

EPISTRE VIII

[écrite en Normandie, en juin-juillet 1645] 3

Quoy qu'il luy tesmoigne d'aimer la solitude, il luy confesse qu'il ne peut oublier la Cour.

Abbé, qui plus en vaux que trois Bien qu'encor Abbé tu ne sois 4, Mais dont les armes & les tiltres Prendront bien-tost Crosses & Mitres J

2. Cette mention, vraie au moment où sont imprimées les épîtrcs, ne l'est pas encore au moment où celle-ci est écrite et envoyée à Claude Auvry (voy. la note 5 ci-dessous).

3. Lorsque Bois-Robert écrit cette épitre, il est à la campagne (voy. v. 7), dans une - solitude » agréable (voy. v. 47), qui paraît être la même que celle dont il parle dans l'épitre v (v. 45-54). Bois-Robert est donc en Normandie (voy, p. 58, note 2, im alinéa) : soit à Forges, soit dans ses terres du Bois-Robert.

Quant à la date de cette épitre, rien ne permet de la fixer avec certitude. Elle est antérieure à mars 1646 (voy. la note 5 ci-dessous). Elle doit avoir été écrite soit dans l'été de 1644, soit pendant le séjour que Bois-Robert fit en Normandie en juin-juillet 1645 (voy- Ep. IX)- Comme Bois-Robert l'a placée aussitôt après l'épitre vu adressée au même personnage, laquelle est du début de 1645, il est probable que

5 Qui certes te pèseront moins [39]

Que tes emplois & que tes soins,

Permets que dans ma solitude,

Plus douce que ta servitude

Si j'ose en excepter l'honneur 10 D'estre auprez d'un si grand Seigneur,

D'un air gay je te puisse écrire

Ce que la liberté m'inspire,

Et que l'heur de ^entretenir

Soit tout mon but à l'avenir.

!> Tu vis sans cesse en ma mémoire ;

Je voy d'ici toute ta gloire,

Je voy ta pompe, mais aussi

Je voy ta peine & ton souci.

Ma vieille Cour me fait connestre - - Ce qui se passe chez ton Maistre ;

Je puis voir tout ce que tu fais

Aussi bien de loin que de prez.

C'est presque toujours mesme chose :

Jamais ton esprit ne repose, -25 II est sans cesse inquiété ;

Mais il se plaist d'estre agité,

Et, comme un flambeau qu'on allume

Et qui pour autruy se consume,

Il prend à gré d'user ses jours 30 En veillant pour nostre secours.

Je pleins le tracas de ta vie, [40]

Et touf ensemble je l'envie :

la présente épitre est de juin-juillet 1645, plutôt que de l'été de 1644.

4. Claude Auvry est abbé dans le sens d'ecclésiastique, mais n'est pas encore abbé dans le sens de supérieur d'une abbaye.

5. A défaut de la crosse et de la mitre d'abbé, Claude Auvry aura celles d'évéque en mars 1646 (voy. p. 56, n. i). Ce vers prouve que l'épitre est écrite avant mars 1646.

A MONSIEUR LABBE AUVRY.

Un mal de Cour invétéré

Qui dans l'esprit m'est demeuré ' Me fait voir de l'or dans tes cheines Et des douceurs parmi tes peines, Qui font que, tout bien compensé, Je n'en sçaurois estre lassé.

Je crois que tu me verras faire Comme l'Esclave volontaire Qui, dans sa chaisne accoustumé, En est à la fin si charmé Qu'il espouse par habitude Une éternelle servitude.

Je ne me sens inquiété Que pour me voir en liberté ; Elle est douce, elle est innocente, Mais basse, obscure & languissante ; Enfin, elle ne peut valoir Le plaisir qu'on a de se voir Captif d'un Maistre incomparable Dont l'éclat seul est adorable :

Tous les Grands vont autour de luy Comme nous chercher de l'appuy ; Il tient la plus saine partie D'un grand Empire assujettie ; Il peut, d'un coup d'œil seulement, Nous combler de contentement ; Il enrichit d'une pensée L'ame la plus intéressée ; Il peut à toute heure, en tout lieu, Faire d'un homme un demy Dieu

i. « lîoisrobert, malade d'une vieille maladie dont il ne guérira jamais, malade de la lascheté de la Cour, a fait cent bassesses au Cardin:".! [Mazarin], et puis en a mesdit. » (Tallemant : II, 409).

Su EPISTRE

Pour peu qu'il luy fasse caresse

Et le distingue dans la presse.

65 C'est régner, enfin, que se voir

Esclave d'un si doux pouvoir ;

Et tels esclaves, aux Provinces

Sont honorez comme des Princes.

Souvent avecque les neuf Sœurs 70 Je m'entretiens de ces douceurs

Qui rappellent dans ma pensée

L'éclat de ma gloire passée »,

Et qui chatouillent plus mes sens

Que tous ces plaisirs innocens 7> Qu'en vain je veux ici connestre

Depuis que j'ay perdu mon Maistre.

Quand j'ay bien debatu ce poinct,

Cher Abbé, je ne te pleins point.

Ton plaisir surpasse ta peine ; 80 Outre que ta gloire est certaine,

Je voy fort aisément d'ici Que ta fortune l'est aussi : [42]

Tu sers avec honneur un Maistre Qu'on void comme un Astre parestre, 85 Mais qui brille par sa bonté

Plus que par son authorité ; C'est plus pour elle qu'on l'encense Que pour sa gloire & sa puissance ; Par l'une il se fait estimer, 90 Et par l'autre il se fait aimer ;

C'est ce talent inestimable Qui me fait voir ton joug aimable, Qui fait que j'en suis amoureux,

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