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A MONSIEUR L'ABBÉ AUVRY. 8l
Et qu'enfin je t'estime heureux.
Tu souffres bien, je le confesse,
Et ton mal n'aura point de cesse,
Car, comme on connoit tes bontez,
On t'accable de tous costez ;
Si ta grâce estoit mesurée,
Ta peine seroit modérée ;
Mais quoy ? ton cœur, que je connov,
Kst aussi grand que ton empioy ;
Et ton ame, en grâces féconde,
Cherche d'obliger tout le monde.
Si donc tu te sens agité,
Pleins-toy de ton trop de bonté,
Ht souffre au reste que j'envie [43]
La pompe & l'éclat de ta vie.
A MONSIEUR
ROSSIGNOL
Conseiller du Roy en son Conseil d'Est at et Maistre ordinaire de sa Chambre des Comptes de Paris *.
[écrite à Forges en juin cv. juillet 164;] i
Il luy tesmoigne avec quelque jalousie le desplaisir qu'il a de n'avoir plus ses entrées libres chez son Eminence pour n'avoir pas esté pressant & hardi comme les autres qu'il y void entrer K
Rossignol, qui hantes les Dieux, Si le bonheur qui t'accompagne Souffre que tu jettes les yeux [45]
Sur un pauvre homme de Campagne,
1. Antoine Rossignol (1600-16S2), né à Albi, se livra dès sa jeunesse à l'étude de la cryptographie. Pendant le siège de la Rochelle, il entra au service de Richelieu pour déchiffrer les lettres des assiégés. Le siège terminé, Rossignol resta <r employé à déchiffrer pour le service du Roy » (Arch. des Aff. étrang. : Mém. et doc. : France 806, f° 218 v»). ■ Le cardinal fit fort valoir cette science et il tascha le plus qu'il put de faire croire qu'il n'y avoit point de chiffre que Rossignol
S'il est vray que le double employ Qui t'occupe à servir le Roy, Si Paris qui fait tes délices, Si tes aimables exercices, Enfin si la tendre amitié De ta douce & chaste moitié 4 Te permet de penser encore A ton vieil Amy qui t'adore, Pleins son chagrin & son ennuy ; Fais estât qu'il n'est plus celuy Qui fonda jadis sa cuisine Sous le doux toict de Merlusine s
ne deschiffrast. Cela ne luy fut pas inutile contre les caballes. j (Tallemant : II, 32).
Lorsque Bois-Robert lui écrit cette épître (été 1645), Rossignol est âgé de 45 ans. Il est depuis peu (18. février 1645) conseiller d'Etat et maître ordinaire en la chambre des comptes (Chambre des comptes. Mémoriaux. 1644- 164 5 : f° 71?)-
Louis XIV l'honorera toujours d'une estime toute particulière, qu'il marquera par une pension considérable qui lui sera continuée pendant toute sa vie (Perrault, Les Hommes illustres... : I, 57).
2. La date résulte de celle de l'épître suivante. Quant au lieu, voy. v. 101-103.