A MONSIEUR LE CHEVALIER DE MOKTECLAIR
Te fait déloger sans trompette ?
D'où vient cette prompte retraitte ?
Où vas-tu, par ce froid cuisant, [80]
Par ce temps triste & mal plaisant ?
D'où te vient cette maladie
D'aller courir en Picardie
Quand les douceurs que tu chéris
Nous ramènent tous à Paris ?
Certainement tu n'es pas sage
D'affliger tout un voisinage
Qui t'estimoit infiniment
Et qui t'aimoit uniquement ;
Avec raison ils sont en peine
D'une retraitte si soudaine ;
Montécler (1577- ?), conseiller d'Etat, et de Marie de Froullat (à) (Généal. des maisons de France : T. XVIII, f° 128). Il a donc pour oncle René de Froullay, comte de Tessé, et, par suite, pour cousins germains (entre autres) : René II de Froullay, comte de Tessé, lieutenant général des armées du roi ; le comte Charles de Froullay, qui deviendra, en 165 1, grand maréchal des logis de la maison du roi ; et Gabriel-Philippe de Froullay, chanoine en l'église métropolitaine de Bordeaux, qui deviendra, en 1667, évéque d'Avranches, et qui, eu 1645-46, est justement député à cette assemblée générale du clergé qui effraye tant Bois-Robert (voy. Ep. x, v. 63-64 ; Ep. xn, v. 39-40) ÇProce\ verlaî de l'assemblée gen. du clergé de France, 1645 : p. 5). D'autre part, la femme de son oncle René de Froullay, Marie d'Escoubleau, est la propre sœur de François d'Escoubleau (1572 ?-i628) et d'Henri d'Escoubleau (1594 ?-i64$), tous deux successivement archevêques de Bordeaux (le second meurt étant président de rassemblée générale du clergé) ; elle est également sœur de Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de l'Orléanais ; et de Catherine-Marie d'EscouBLEAU, femme de Charles-Henri de Clermont, comte de Tonnerre (Moreri).
Louis de Montécler est âgé de 44 ou 45 ans ; il prendra encore part aux sièges de Fumes (septembre 1646) et de Dixmude (juillet 1647;, et mourra à Méziéres le 3 octobre 1650, des blessures qu'il aura reçues à la défaite de deux régiments espagnols près d'Aubenton (Galettes : 1650, p. 1387).
(a) Et non pas Frouhy (voy. Cab. des titres : Pièces orig. 1256 : 281 n, f° 4).
122 EP1STRE
Si le Siège estoit à Dourlens ■ 20 Ils ne seroient pas plus dolens.
Mande nous si l'on te menace D'une entreprise par la glace, Si quelque dessein descouvert De Galas2 ou de Jean de Vert 3 25 Par un temps si froid & si rude
T'a donné de l'inquiétude.
i. Doullens.
2. Mattias Gallasso (a) (1589-1647), célèbre général au service de l'Empire, n'est pas né à Trente comme on l'a toujours imprimé : « Galas etoit gentilhomme de bonne maison du pays de Trente, né pourtant à Mastreicht [(Maastricht)], son Père y étant alors colonel au service d'Espagne... » (Abbé Mercy, Hist. des principales actions de quelques grands hommes... : p. 3) (cet ouvrage, qui fournit une peinture physique et morale très complète de Gallasso, ne donne pas de dates ; on en trouvera quelques-unes dans Moreri).
Qu'il s'agisse, dans la présente épître, de l'hiver 1644-45 ou de l'hiver 1645-46, Gallasso ne menace pas la Picardie : pendant tout l'hiver 1644-15 il est assiégé dans Magdebourg par les Hessiens (Galettes : 1645, p. 42-43, etc..) ; pendant l'hiver 1645-46, il séjourne à Linz (Gazet;\ -s : 1645, p. 1209 ; 1646, p. 69-70). Il est âgé d'environ 56 aus.
3. Jan van Wert (b) (1594-1652), célèbre général, né dans le Limbourg, servit successivement l'Autriche et la Bavière. On trouvera l'histoire de sa vie dans tous les dictionnaires biographiques. En 1636 il avait envahi la Picardie avec 33.000 hommes et menacé quelque temps Paris ; « le seul nom de Jean de Vert y inspiroit l'effroi ; ce nom devint si terrible qu'il ne falloit que le prononcer pour épouvanter les enfans. » (Mercure galant : mai 1702, p. 72-82). Deux ans après, il fut fait prisonnier par Bernard de Saxe-Weimar ; il passa à Paris quatre années de captivité (1638-1642), pendant lesquelles les Parisiens firent sur lui de nombreuses chansons ; « la Cour & la Ville les chantèrent, & Jean de Vert & ses chansons estoient si à la mode qu'on ne parloit plus d'autre chose. » (Id.).
Qu'il s'agisse, dans la présente épître, de l'hiver 1644-45 ou de l'hiver 1645-46, Jan van Wert ne menace pas la Picardie : à la fin de
(a) La seule signature autographe que j'aie trouvée de lui (Arch. des aff. étrang. : Corresp. polit. : Autriche 15 : f° 144 v*) est orthographiée Gallasso, et non Galasso comme on écrit d'habitude.
(b) C'est ainsi qu'est transcrite sa signature dans une copie de pièces qui datent de 1641 (Mémoires du règne du Roy Louis 1} : {" 244)'.