‹ Épistres en versChapitre 81 sur 177 · A MONSIEUR DE CHARLEVAL · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE CHARLEVAL

Parle donc, fay-moy concevoir

Pourqucy tu ne veux plus me voir.

Prens-tu le parti * ** ?

Crains-tu que ma juste colère

Ne te le peigne tel qu'il est,

Mieux que n'a fait certain arrest ?

Enfin, dy-moy quel est mon crime.

Le tien est le Hoc2, ou la Prime î,

Ou le Trictrac, ou le Picquet,

Ou quelque attachement cocquet,

Car j'ay bien de la peine à croire

Que je sois hors de ta mémoire.

Mais quoy ? serois-tu point allé [96]

Devers ce Climat reculé

Où, si l'on peut parler sans crime,

L'Honneur entraisne une victime

Que tu veux voir jusqu'à l'Autel

Sacrifier au Dieu Mortel

Qui la ravit à nos contrées * ?

1. D'après !a rime, les mots qui manquent doivent être « de ton père » ou «• de ton frère ». Mais, étant donnée la force du respect filial au xvn' siècle, oa ne peut guère lire ici que : « de ton frère ». Je n'ai trouvé aucune trace d'un procès entre Bois-Robert et l'un des deux frères de Charleval.

Peut-être aussi ce vers se terminait-il par un nom propre.

2. a Jeu des cartes, meslé du Picquet, du Berlan &de la Séquence. qu'on appelle ainsi parce qu'il y a six cartes qui sont hoc ou assurées à celuy qui les joue. & qui couppent toutes les autres cartes ; ce sont : les quatre as, h Dame de pique. & le Valet de carreau. <> (Furetiire 1690).

j. a Prime signifie, aux cartes, une espèce de jeu qui a eu grande vogue. » (Furetiére 1690).

4. Le 26 septembre 1645, un ambassadeur extraordinaire de Pologne signa, à Fontainebleau, le contrat de mariage du roi de Pologne Wladys'.aw avec celle qu'on appelait la princesse Marie, c'est-àdire Marie-Louise de Gonz\gub (1612 }-i66j), fille de feu Charles de

Cours-tu point pour voir ses entrées Sur l'abrégé que je te fis

40 De celle qu'on vit à Paris 2 ?

Ton esprit seroit bien malade, D'aller courir la Mascarade Parmi la neige & les frimats Jusques dans ces damnez Climats.

45 Enfin, que veux-tu que l'on croye

Si tu ne veux pas qu'on te voye ?

Car je ne me suis point mespris ; Je sçay qu'on t'a veu dans Paris.

Dans ton cœur, tu te sens coupable ;

50 Tu sçais que je suis véritable.

Quoy ! sans m'en avoir adverti ?

Plust à Dieu que j'eusse menti, Et qu'une bonne maladie Te tînt encore en Normandie,

Gonzague, duc de Nevers, de Mayenne, de Mantoue et de Montferrat {Galettes : 1645, p. 1041).

Le 29 octobre suivant, arrivait à Paris un autre ambassadeur du roi de Pologne, ayant procuration de celui-ci pour épouser en son nom la princesse Marie (Galettes : 1645, P- 1001). La cérémonie du mariage eut lieu au palais royal le 5 novembre 1645 (Id. : p. 1049).

Enfin, le 27 novembre, la nouvelle reine quitta Paris pour se rendre en Pologne (Id. : p. 113 5). La présente épitre, qui parle de ce départ comme d'un fait accompli, est donc postérieure au 27 novembre 1645. D'autre part elle est antérieure au jour où l'on apprendra par la Galette que la reine de Pologne est arrivée à Varsovie, c'est-à-dire .intérieure au 27 avril 1646 (Galettes : 1646, p. 277).

La sœur de cette princesse, Anne de Gonzague (1616-1684), se maria secrètement, quelques mois plus tôt (24 avril 1645), avec Edouard de Bavière, prince palatin du Rhin, et deviendra célèbre sous le nom de « princesse palatine ».

Sur les deux sœurs, voy. Tallemant (III, 301 et 312).

1. On trouvera dans les Galettes le récit des « entrées » de la reine de Pologne dans les différentes villes de son itinéraire (1645 : p. 1181 ; 1646 : p. 16, 49, 93, 169, 257, 277).

2. Voy. La magnifique entrée des Ambassadeurs PoJotiois dans la ville de Paris... (Galettes: 1645, p. 1001).

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