‹ Épistres en versChapitre 98 sur 177 · Voy. la note suivante · texte numérisé non relu

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3. Il ne s'agit pas de Jean-Baptiste Lambert (1607-1644), premier commis de Claude Bullion (surintendant des finances), puis de Gaspard de Fieubet (trésorier de l'épargne), et qui, ayant amassé une fortune considérable (Cab. des titres : Cab. d'Hoir 203 : 5238, fos 2 et 3), se fit bâtir neuf maisons dans l'île Notre-Dame (a) (99* volume des insht. du Chasteht de Paris : f° 122 v* et suiv.), dont une, Ytjôttl Lambert, construite par l'architecte Louis le Vau, deviendra le plus fastueux hôtel de Paris (b). Jean-Baptiste Lambert laissa, à sa mort, une fortune de 3 millions.

Il ne fut installé que le 27 mars 1644 et avait jusqu'alors vécu

(a) Aujourdhui appelée île saint Louis.

(/>) Cet hôtel fait encore aujourd'hui notre admiration, bien que les chefs-d'œuvre des peintres Eustache le Sueur et Charles le Brun, qui le décoraient, aient été stupidement transportés au musée du

Louvre.

A MONSIEUR DE CAMPAGNO. 165

Et c'est justement que je crains [^o]

Que ce grand vin du mont de Rheims

En trinquant ne t'ait fait promettre

Ce qu'on ne doit plus te permettre

A présent qu'on a reconnu

Que le sens froid t'est revenu.

Dy-moi, veux-tu qu'on te délivre

De ce dessein que tu fis yvre ?

Car, je ne veux point te flater,

Tu ne sçaurois l'exécuter ;

Un qui seul donneroit bataille

Ou forceroit une muraille

Nous marqueroit, en vérité,

Moins que toy de témérité,

Quand on te payeroit par avance

Ce que te rend ta Lieutenance,

Qui certes ne suffiroit pas

Pour fournir un si grand repas,

Au moins si tu veux qu'il égale

Celuy de cette ame Royale.

Avec ce prest des Financiers

Où prendras-tu des Officiers ?

parcimonieusement (Lettres de Gui Patin... : I, 449). Comme il mourut phtisique le 22 décembre suivant, et qu'il était déjà très malade dans le courant de l'été puisqu'il fît son testament le 19 août (99e vol. dis insin. du Chastelet... : P 122 v"), il n'eut guère le temps de donner beaucoup de grands dîners. Ce ne doit donc pas être de lui qu'il s'agit ici, mais de son frère cadet, Nicolas Lambert, seigneur de Thorigny (? — 1692), conseiller du roi en ses conseils et grand maître des eaux et forêts en Normandie (Id.), qu'il fit son légataire universel, et qui fera achever la décoration de l'hôtel Lambert, devenu sien. Comme cette épître est écrite en hiver (voy. v. 41), on ne peut la dater que de l'hiver 1645- 1646 ; ou sait d'ailleurs que, pendant cet hiver, Campaigno se fait remarquer par « la grandeur de sa despense » et par « ses grands festins » (Ep. vr, v. 1 24-1 31).

Nicolas Lambert deviendra plus tard maître, puis président a la chambre des comptes (Cab. des titres : id.).

JO

l66 EPISTRE

Tu n'as chez toy qu'une escabelle ;

Tu n'as ni meubles ni vaisselle ;

A peine ton Hoste indigent

A-t'il la salière d'argent ;

Et tu traittes le plus riche homme [121]

Qui soit de Paris jusqu'à Romme ?

Souvien-toy de son beau logis

Fait par Urgande l ou par Maugis 2,

Cette Maison si bien plantée

Ou'elle paroist estre enchantée ;

Souvien-toy de ses mets divins,

De l'excellence de ses vins,

Des rares meubles de sa chambre,

Où l'on sent, dans le Musc & l'Ambre,

Malgré l'aspre froid de ce temps,

Un air aussi doux qu'au Printemps.

La tienne est froide & mal meublée ;

Et ton Ame n'est point troublée ?

Tremble de crainte, en cet endroit

Où nous devons trembler de froid ;

Va, repens-toy de ta folie,

Forge une excuse si jolie

Qu'elle vaille au moins le disné

Par qui tu serois ruiné.

Quand Lambert dessus ton assiette

Se resoudroit à faire diette,

Quand, complaisant à ses Amis,

Il viendrait, comme il a promis,

Chez toy jeusner & se morfondre,

Seroit-il seul pour te confondre ?

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