ÉPITAPHE D'UN ANTIQUAIRE
Ci-gît un tel. Dans sa boutique il faisait noir. Mais çà et là luisaient un Christ, un encensoir, L'émeraude comme en poison vert d'une bague, La nacre d'un coffret, la poignée d'une dague.
Sur des chaises étaient exposés des tapis
Imprégnés des parfums des mille et une nuits.
Sur le mur, des portraits expropriés d'ancêtres ;
Un trumeau où, au fond d'une avenue de hêtres,
Se dressait un château dont les dames lilas
Fleurissaient le perron avec leur falbalas.
Et, contre un écrin noir, ramassée dans l'argile.
L'effigie de César comme aux vers de Virgile
Qyi disent qu'un rural découvre en labourant
Je ne sais quel objet des âges précédents.
O paysan futur I Qy'ainsi qu'une relique
Tu conserves le sou de cette république.
Sou qu'un mort a semé dans la terre du front !
L'antiquaire en a fait une obole à Caron.