‹ EpitaphesChapitre 18 sur 20 · ÉPITAPHE D'UN FACTEUR RURAL · texte numérisé non relu

ÉPITAPHE D'UN FACTEUR RURAL

C-gît un tel, facteur rural, qui parcourait Quatre saisons parmi les champs et la forêt : Sur les sentiers dont sous les clous grincent les pierres, Sur les ponts lierreux qui voilent les rivières, Sur les berges d'où la grenouille fait un bond, Sous les halliers de clématite et de houblon, Sous la branchée ou noire ou verte ou rousse ou blanche. Sous le jour immobile ou sous la nuit qui penche ; Vers le château crayeux qui brusquement surgit. Vers la ferme que l'on découvre comme un nid. Vers la maison chaussée de lunettes bourgeoises Et dont le jardin sent le lys, l'ail, la framboise, il heurtait. Et l'on s'écriait : c'est le facteur ! On le faisait entrer et la grande lueur De l'azur comme une eau s'engouffrait sous la porte. On lisait le courrier. Une telle était morte ; Un tel se mariait et un autre était né ; L'un s'était enrichi, l'autre s'était ruiné. Parfois une dépêche, ouverte avec alarme. Brisait les cœurs d'où suintaient d'améres larmes.

Quand cet obscur héros voulut qu'on avertît

Sa femme et ses enfants dans leur lointain pays,

II vit son beau trépas s'inscrire en traits de flamme

Dans le ciel déployé comme un bleu télégramme.

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