‹ EpitaphesChapitre 2 sur 20 · LES FIDÈLES · texte numérisé non relu

LES FIDÈLES

Ainsi que lorsque viennent les jours sombres On voit les hirondelles en grand nombre

Se rassembler en bataillons pressés

Et s'en aller : Vous nous avez laissés,

Pères, époux et fils, cœur des ménages !

Vos tambours faisaient le bruit de l'orage

Et vos clairons en avaient la lueur.

La pluie au sel amer, celle des pleurs,

Coulait sur vos cheveux encore lisses

D'avoir senti les caresses qui glissent

De doigts d'enfants, de femmes, de mamans.

Et ces mamans baisaient le vêtement,

O fils très chers ! qui vous sert de suaire.

Se souvenant de ce léger vestiaire Qy'elles cousaient quand vous étiez petits.

Seigneur ! Rends-nous les morts de notre nid.

Des mois et puis des mois, puis des années Et tous les jours, couvée après couvée.

Chaque minute, oiseau après oiseau.

Sous la feuillée en deuil de nos journaux

Qye le grand vent des Toussaints nous apporte

Et vient semer jusqu'au seuil de nos portes.

On découvrait le nom trois fois chéri Qyi vous entrait dans l'âme comme un cri.

On ne savait alors que dire et faire ;

Menton tremblant, langue sèche et amère,

Debout et sourdement on sanglotait.

O Père dont le Fils, de son gibet,

A contemplé sa mère agonisante

Qyi attendait la suprême descente

Et entendit le lamentable cri.

Père ! Rends-nous les morts de notre nid.

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