ÉPITAPHE D'UN POÈTE
Ci-gît un tel. Qyand il s'en allait à la vigne, S'il rencontrait une oie, il disait : c'est un cygne. Des vierges lui tenaient une échelle en riant.
Afin qu'il attrapât la lune avec les dents.
Bredouille, il allumait sa pipe sous les cornes
De cette lune, assis sur la métrique borne.
Petit garçon qui vas à l'école en retard.
Donne à sa tombe au moins l'aumône d'un regard.
Puisqu'il te ressemblait par l'âme buissonnière
Que le moindre rayon entre les pleurs éclaire.
Plus riche que Crésus, il avait hérité
D'un rossignol chantant sur une rose-thé.
A l'om.bre glauque des aulnes où les moustiques
Font leurs petits sabbats minces et élastiques
Il écrivait des vers en se sentant piqué.
Mais apprends donc comment a fini ce toqué :
Faisant le coup de feu bien en avant des autres,
(Des ailes, eût-on dit, portaient ses pieds d'apôtre)
Avant qu'il ne tombât on n'avait pas compris :
Il s'était retourné, puis il avait souri.
ÉPITAPHE D'UN MARÉCHAUFERRANT
Ci-gît un tel qui se servait d'un lourd marteau. Il faut battre le fer, dit-on, quand il est chaud, Mais le fer rouge a battu l'homme de la forge. De doux éclats de ciel s'écaillaient à la gorge Des pigeons, sur le toit du maréchal ferrant. On avait peint un cheval noir sur le mur blanc. La végétation maigre de la banlieue.
L'ortie et l'aigremoine où vont les mouches bleues Etendait son parterre à cette pauvreté.
Comme un poumon de cuir le soufflet haletait En aérant le feu, ce beau sang qui s'allume Et qui règle le cœur sonore de l'enclume : Mais ce cœur jamais plus dans la forge ne bat : Il a suivi celui de son maître au combat.