ÉPITAPHE D'UN BERGER
i-gît un tel qui fut berger comme Abraham.
il naquit du côté riant de Bétharram
Et monta, avec ses troupeaux, à l'âge d'homme.
Au pays qui s'étend aux granges de Coullomme.
Un jour, comme il était au seuil de son bercail,
Mangeant du pain grossier frotté de sel et d'ail.
Dieu lui parla ainsi qu'il faisait à nos pères
11 lui dit, dans la blanche averse de lumière :
La France, ta patrie, ô fils, est en danger !
Donne le soin des parcs à des gens plus âgés.
Et va. Tu me verras du côté de l'Argonne.
Le pâtre laissa donc les ouailles qui sonnent
Sur la noire verdeur reluisante des monts.
Et descendit dans la tranchée et en plein front.
C'est en vain qu'il chercha tout d'abord dans cette ombre
La Trinité qui vint, unique dans son nombre.
Visiter Abraham, aux chênes de Mambré,
Par trois anges mangeant dans le midi doré.
Mais soudain, comme dans les montagnes, la foudre
Se fit entendre. Et le pasteur vit dans la poudre
Dont souvent les éclairs tirent l'âme du corps
Cet autre Bon Pasteur qui fait vivre les morts.